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dimanche 3 mai 2026

« De mes malheurs a surgi un trésor » de Djamel Guesmi (2024)

Je devais avoir une dizaine d'années quand ma mère a acheté une tente pour nous offrir des vacances au moins une fois dans notre enfance. Nous sommes partis tous ensemble en voiture à La Ciotat, où mon père nous a déposés avant de repartir aussitôt travailler. Sur le terrain de camping, nous nous sommes retrouvés au milieu des vacanciers. Pour paraître comme eux, avant l'heure du repas, notre mère posait une casserole d'eau à bouillir sur la bonbonne de gaz, ce qui laissait croire qu'elle allait cuisiner. On s'asseyait en rond, elle versait l'eau dans nos gamelles et avec le bruit métallique de nos cuillers, on faisait semblant de déguster notre repas.

Rétrospectivement, je me dis que mon père est mort dignement (…) 

Simplement, par son attitude, il m'a enseigné le pardon, le travail honnête, le courage, et m'a transmis sa confiance en Dieu. Cet héritage qui n'est pas passé par des paroles, ou si peu, constitue le fondement indéfectible de mon avancée dans la vie. Et si j'ai pu éviter de tomber dans des situations dangereuses ou malhonnêtes au cours de mon adolescence et de mon exil parisien, c'est parce mon père m'a toujours donné sa confiance. Je ne pouvais pas le trahir.


La langouste, on la posait sur un billot, et à l'instant précis où le couteau allait la trancher en deux, je percevais son cri, à la fois faible et aigu. Comme si elle anticipait sa mort. Alors que personne ne l'entendait, ce cri me déchirait. « Quand on sait regarder et souffrir, on sait tout », fait dire Edmond Rostand à Chantecler…


Même sans éducation particulière, et moi j'étais sans instruction, on devine où est le bien, où est le mal. On a une conscience, on a conscience de ce qui est bon et de ce qui ne l'est pas, c'est intuitif et cela n'a rien à voir avec la morale. Il y a des actes qu'on ne pose pas, qu'on ne veut pas poser, parce que même confusément, on pressent des conséquences que l'on ne pourra pas assumer.


Au niveau du mental, ces premières journées me débarrassaient des scories qui empoisonnaient mes pensées ou nourrissaient mes peurs. Alors mon être se dilatait, autre sensation physique, je devenais réceptif aux plus légers bruissements comme aux plus subtiles lumières de la nature. Tout était béni pour moi (…) 

La beauté a besoin le notre regard pour être contemplée, et jamais notre regard ne l'épuise. La nature a également besoin de notre silence pour se laisser dévoiler.


Une nuit, en plongeant mon regard dans le ciel étoilé, quelque chose s'est passé en moi, une communion avec la splendeur de la création, avec le cosmos, j'ai senti une Présence infinie autant qu’intime (…) j’ai ressenti une extraordinaire paix intérieure. Une joie profonde m'a envahi, une jubilation hors de tout raisonnement, qui invite à la gratitude. Cet instant de grâce est resté gravé dans mon cœur.


Né en 1879 à Paris, Jacques Copeau a d'abord été critique d'art, de littérature et surtout de théâtre. Ami d'André Gide, il fonde avec lui en 1908 la Nouvelle Revue française (NRF), une publication mensuelle qui se présente comme l'un des principaux arbitres du goût littéraire en France. Avant la guerre de 1914-1918, Jacques Copeau fustige le « théâtre du Boulevard » (…) en 1913, Jacques Copeau fonde le Théâtre du Vieux-Colombier en s'entourant de jeunes comédiens prêts à se lancer dans cette rénovation dramatique parmi lesquels Charles Dullin, Louis Jouvet, Georges et Ludmilla Pitoëff… (…)

Car Jacques Copeau a une conception épurée de la scène: selon lui, il faut renoncer à l'idée de décor (…) concevoir le décor nu comme l'occasion de révéler la palette expressive des comédiens, voilà qui pourrait résumer la pensée de celui qui m'a tant inspiré (…)

En 1925 (…) Sous l'influence de Paul Claudel et du cercle Maritain, Jacques Copeau se convertit au catholicisme (…)

Jacques Copeau a écrit Le Petit Pauvre en 1946 à partir de la biographie de saint François d’Assise écrite par Johannes Joergensen.

 

Il m'arrivait pourtant depuis longtemps de m'arrêter dans une église ou encore dans un cimetière, où la croix est présente. C'étaient même mes lieux de prédilection ; j'aime leur silence, leur fraîcheur. Je m'y sens comme dans une forêt, en retrait du monde, un retrait qui permet de se recueillir et de se retrouver.


La joie de François d'Assise a trouvé en moi un écho aussi fort que celui de la pauvreté. Toutes les deux sont liées. La joie, je l'assimilais dans un premier temps à la gaité, à la fête… François m'a fait reconnaître une joie tout intérieure, celle qui comble l'âme jusque dans l’épreuve. En dépassant son petit moi et en regardant autour de soi, en communiant à la pauvreté, à la fragilité, à la dépendance, surgit alors la joie parfaite qui nous porte au-delà de la vie, vers le monde invisible, indicible. Garder notre joie, quelles que soient nos tribulations ou celles du monde, voilà la joie parfaite. Ça ne se démontre pas, ça se vit.


Ce qui m'a aidé à sortir de mon indécision, c'est une pensée qui, au fil de années, s'est imposée à moi. Je pourrais en fair une devise, si j'ose parler de devise : l'action est maîtresse (…) Pour sortir des blocages qui m'emprisonnaient, je me projetais alors dans un avenir proche en me donnant un objectif et en écrivant dans mes cahiers les moyens d'y parvenir.


François d'Assise (…) n’a pas écrit son Cantique des créatures en se promenant sur un chemin par un clair matin de printemps, mais au crépuscule de sa vie alors qu'il est aveugle et souffre le martyre. François se laisse travailler par la souffrance du monde jusqu'à la transfigurer en lumière. Alors s’élève son hymne à la création, vision cosmique lumineuse, chant d'action de grâce et louange au Créateur.


Les comédiens et les comédiennes jouent un rôle à tout instant, et ne pas entrer dans un jeu de séduction leur est étranger. Ils deviennent ce que l'on attend d'eux, jusqu'à travestir leur âme parfois.


Cette relation père-fille me montre l'importance, le souci et la joie d'être père. Avoir charge d'âme n'est pas anodin (…) Dans ces instants d'échanges qui relient un père à sa fille (…), quoi de plus important sinon l'écouter, lui apprendre à observer la réalité, à s'affranchir du regard des autres pour ne pas se priver de celui qu'elle mérite sur elle-même (…) Lui apprendre à discerner et réfléchir - ce qui est différent de suivre des études -, lui assurer une présence sans la surprotéger, en même temps que lui accorder une grande confiance: « N'aie pas peur, tu as la bénédiction de ton père... »


Martin (Martinus) signifie « petit Mars », le dieu de la guerre, sachant que le père de Martin était lui-même officier au service de l'empereur romain Constantin (…) Contre sa volonté, Martin est enrôlé à l'âge de 15 ans, livré par son père, enchaîné et forcé de prêter serment à l’empereur.

(…) si Martin n'a donné que la moitié de son manteau, c'est parce que l'autre moitié - comme pour chaque soldat - appartenait à l'empereur.


Sur la demande du pape Eugène III (…) Bernard prêche en France jusqu'en Europe du Nord en 1146 et 1147, exhortant les hommes à se croiser pour partir défendre le tombeau du Christ (…)

Au terme de deux années de préparatifs, les armées finissent par se mettre en marche, mais leurs chefs se montrent divisés, les combats manquent de cohésion et les revers s'accumulent. Les croisés sont décimés par les Turcs avant même leur arrivée en Terre sainte. En juillet 1148, la seconde croisade échoue définitivement devant Damas, sans avoir atteint Jérusalem.

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