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vendredi 18 septembre 2020

"La ruelle au clair de lune" de Stefan Zweig (1922)

(…) elle ordonna brutalement à l’homme : « Apporte du feu ! »
(…) Pendant une seconde je croisai son regard : on y lisait une honte indicible et une rage écumante. Ce regard asservi toucha en moi l’homme, le frère. Je sentis la dégradation par la femme, et je partageai sa honte.

jeudi 17 septembre 2020

"Lettre d’une inconnue" de Stefan Zweig (1922)

Toute ma vie, depuis que je suis sortie de l’enfance, a-t-elle été autre chose qu’une attente, l’attente de ta volonté ?

(…) si distingué, si cordial, si plein d’attentions, et cependant tu montrais en même temps une telle passion dans la jouissance de la femme. De nouveau je me rendais compte, enivrée encore de l’ancien bonheur, de la dualité unique de ton être ; je retrouvais dans ta sensualité cette passion cérébrale et lucide…

mercredi 16 septembre 2020

"Amok" de Stefan Zweig (1922)

(…) j’atteignis le bordage et regardai la roue du navire s’avancer dans l’ombre, et la clarté liquide de la lune jaillir, en écumant, des deux côtés de l’éperon. Toujours cette charrue marine se relevait et s’enfonçait de nouveau dans cette glèbe de flots noirs.

Volontiers, je l’eusse embrassé… parce qu’il était tout à fait comme je désirais intérieurement que fût celui qui avait possédé cette femme… Ce n’était pas à un séducteur, à un individu orgueilleux…non, mais à un adolescent, à un être tendre et pur qu’elle s’était donnée.

mardi 21 juin 2016

« La confusion des sentiments » de Stefan Zweig (1927)


Elle resta penchée sur moi affectueusement ; il me semblait que ses paroles et le contact apaisant de ses mains endormant ma douleur venaient d’une profondeur ouatée.

samedi 5 mars 2016

"Les prodiges de la vie" de Stefan Zweig (1903)

… comment pourrions-nous peindre la grâce et la beauté de Notre-Dame si ce n’est en nous inspirant de la beauté de chacune des femmes que nous rencontrons ?
N’avons-nous pas été formés à l’image de Dieu, et ne faut-il pas, pour représenter la perfection suprême, que la créature la plus achevée soit un reflet, même terne, de l’invisible ? 

… il était doté de ce regard qui, s’il ne reflète pas avec éclat quelque vision intérieure, reconnaît cependant dans tous les êtres vivants – si anodins que soient leurs gestes – le rayon de lumière capable d’illuminer une œuvre d’art. 

… le vieux peintre sentit qu’une confiance prématurée l’avait trompé, mais ce n’était pas la première déception de sa longue vie de recherche, qui n’était que fidélité et confiance. 

Il ne voulut plus faire preuve d’outrecuidance en se faisant le médiateur de Dieu ; il se contenterait d’être son modeste serviteur, qui de son mieux s’efforce de créer un tableau, et le dépose avec humilité au pied de l’autel, comme d’autres leur offrande. Il comprit que c’était une faute de se préoccuper des signes, de les rechercher. Au lieu d’attendre que leur heure arrive et qu’ils se révèlent à lui…  


Et, sans crainte, il se sentit désormais proche de cette ultime merveille qui n’est plus une illusion ni un rêve, mais la vérité : obscure, éternelle.

vendredi 4 mars 2016

"L’amour d’Erika Ewald" de Stefan Zweig (1903)

Dès les premières années de sa jeunesse, son caractère craintif, solitaire et réservé lui avait appris à ne pas considérer les objets comme froids et sans vie, mais à voir en eux des amis discrets et tendres qui confient des secrets à qui les écoute. Livres, tableaux, paysages et morceaux de musique lui parlaient, car elle avait conservé la faculté poétique propre à l’enfance de voir dans des corps peints, dans des objets inanimés, une réalité pleine de mouvement et riche en couleurs. 

Et puis, cela avait été une nuit calme et claire. Et quand on marche ainsi à deux dans la nuit silencieuse, sans être entendu ni dérangé par personne, quand les ombres obscures des maisons se posent sur les paroles et que les voix sont emportées, sans écho, dans le silence, on est aussi confiant que si l’on se parlait à soi-même. Alors émergent des profondeurs toutes les pensées qui, dans le tourbillon de la journée, sombrent sans qu’on y prête attention, et auxquelles seule la tranquillité du soir permet de prendre leur essor ; et ces pensées se transforment en paroles presque sans qu’on le veuille. 

Et elle protégea son bonheur et sa vie derrière des paroles insignifiantes froides et éculées, afin qu’ils puissent passer par un grand nombre de mains sans êtres méjugés, ni voler en éclats dépourvus de toute valeur. 

…même dans l’élan le plus fou, ce n’était toujours qu’une nostalgie, une nostalgie faite de gémissements et de jubilation. 

…elle ressentait à nouveau la force toute-puissante du printemps, comme un enfant qui, bondissant de joie, se précipite pour la première fois en poussant des cris d‘allégresse au-devant de la lumière douce du soleil. 


- Je ne sais pas si tu m’as aimé, si tu m’as aimé comme je t’aime à présent. Dans un abandon total et dans l’oubli infini de toutes les mesquineries de cet amour, parfaitement sacré, qui ne peut que donner, sans rien refuser. Et je ne crois qu’à l’amour qui se sacrifie pour lui-même…