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mercredi 14 octobre 2020

"Confessions d’une religieuse" de Sœur Emmanuelle (2008)

Pour se perfectionner, d’après Saint Thomas d’Aquin, le théologien philosophe, il faut contempler la beauté (…) Je lui demande d’aller plus loin dans le regard : le vrai, le beau, le bien ne sont pas faciles à discerner aujourd’hui sur notre terre. Les médias nous accablent de flashes sur un monde presque exclusivement oppressé par la corruption, la bassesse et la violence. Il existe pourtant une autre vision, malheureusement trop cachée. 

C’est toujours le même tunnel dans lequel on s’avance, le tunnel du manque. (…) L’abîme de notre pauvreté est ouverture à Dieu, car Dieu ne peut entrer que dans le vide. Dieu est appelé par notre vide et s’y engouffre. Dieu, le Tout-Puissant, s’est lui-même fait pauvre et faible. La pauvreté, c’est le point de ralliement entre Dieu et nous. 

Certes, il est des vies plus ou moins réussies selon le seul critère qui vaille, leur poids d’amour. Mais, selon ce même critère et quelles que soient les apparences, aucune vie n’est un échec et aucune n’est en soi une victoire. 

vendredi 29 mai 2020

« Richesse de la pauvreté » de Sœur Emmanuelle (2001)

L’idéal, c’est d’abord de jouir tout bonnement de ce que l’on a et de ce que l’on est, sans comparaison avec les autres.

S’accorder les plaisirs qui sont bons, pourquoi pas, à la condition de savoir qu’ils nous laissent sur notre faim…

Au plus secret, chacun reste assoiffé. Il y a dans l’être comme une béance. Chercher à la masquer serait une tentative vaine. La ligne de partage se situe entre ceux qui tentent de la combler en accaparant pour soi et ceux qui font de cette béance l’occasion d’un mouvement hors de soi…

On peut entrer dans ce cercle de l’avoir sans, pour autant, posséder beaucoup (…) Une seule chose suffit pour qu’on s’y attache !

Seule la recherche du bien commun confère à l’homme sa richesse d’être. Il me semble qu’il s’agit d’abord de prendre conscience, d’ausculter cette perte de quiétude, ce vide, ce manque de joie. Il est alors possible de prendre le virage, une direction contraire à la recherche de la brillance superficielle, intéressée, éphémère. Il est alors possible d’ajouter une note de gratuité, de choisir une forme de pauvreté dans sa vie. Le but n’est plus de s’approprier toujours plus, de pomper tout ce qu’on peut chez l’autre pour s’engraisser soi-même, mais de se « dés-approprier » de la partie la plus artificielle de soi, de laisser jaillir son cœur profond, ce cœur qui trouve plus de bonheur à donner qu’à recevoir. Car s’ouvrir à l’autre, se pencher vers lui, c’est répondre à sa nature propre et s’accomplir au maximum.

(…) plus on sort de soi pour aller vers les autres, plus on prend de volume et de densité. Le quotient relationnel est plus important que le quotient intellectuel  ; le rapport juste aux choses et aux autres ne vient pas du cerveau mais de la fine pointe de l’âme.

(…) se libérer, enfin, et libérer en soi l’être de relation.

(…) un regard d’amitié, une écoute chaleureuse, une main tendue. Entre d’abord en relation.

(… ) « l’exaltation » d’un objectif pour lequel on a choisi de se dépouiller engendre aussi une grande « exultation », un bondissement de joie !

Cette soif n’est-elle pas de vivre chaque instant éphémère en établissant une harmonie avec son environnement ? Cette harmonie suppose cependant d’offrir soi-même un terrain vierge, ouvert, libre de l’encombrement des désirs égoïstes.

Dans un pays dit évolué, ce mode d’existence n’est pas facile. En effet, il ne s’agit plus de rester immergé mais d’« émerger » parmi les autres, de développer au maximum son individualité (…) Chacun rêve d’être libre pour marcher sans entrave vers son propre épanouissement. Il faut accumuler le plus de connaissances possibles, apprendre à s’opposer pour s’affirmer, développer au maximum sa seule valeur.

Coupé de la relation essentielle à l’autre l’homme s’appauvrit. Il devient moins humain parce que moins « politikon », moins relié à un groupe, une communauté.

Je te souhaite, ami lecteur, d’entrer dans la confrérie des bienheureux, de ceux qui ne croient pas leur identité fondée sur leurs richesses matérielles, spirituelles, intellectuelles, mais sur la richesse de leurs alliances.

lundi 23 mai 2016

« Vivre, à quoi ça sert ? » de Sœur Emmanuelle (2004)

Attention, ne jugeons pas ! […] Sœur Nina, une compagne de communauté fut pour moi comme une lumière à ce propos […] Chaque fois qu’elle apprenait l’histoire lamentable de telle ou tel, je l’entendais s’écrier : « Qu’est-ce que nous sommes ! ».

« Que le cœur de l’homme est creux et plein d’ordure ! »
« … tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre […] à tendre au repos par l’agitation ».
(Pascal, « Pensées »)

Roi ou mendiant, l’épilogue est le même : un cadavre descend dans la terre.

Combien de mères de famille veulent sincèrement assurer le bonheur autour d’elles, mais usent aussi de cette capacité féminine à la générosité et au dévouement pour mener la barque familiale et la régenter. 

… la projection imaginaire de soi-même et de sa réussite s’est déchirée […] Vidée de ses chimères, grelottant, tout ramage et plumage arrachés, son cœur dépouillé devient un gouffre. Place est faite alors, pour la vérité […] Le jour vient où, entre le plaisir et le bonheur, il faut choisir. 

Ceux qui savent assimiler la part de vérité de l’autre, surtout si elle est contraire à la leur, sortent du cercle infernal de l’ego.

J’ai tant cherché par les œuvres de mon esprit et de mes mains, à devenir… un modèle. 

… croire n’implique en aucune manière de « perdre la raison » ou de s’opposer à elle. C’est bien un acte de raison que de rendre compte de son impuissance. Aussi, « il n’y a rien de si conforme à la raison que ce désaveu de la raison » (Pascal). 

… à soixante-deux ans, je partis au bidonville […] Ce jour-là, j’ai distribué mes livres et j’ai brûlé mes cahiers de notes. Ces livres m’avaient été si chers et ces cahiers n’avaient paru si précieux […] A présent, je regarde craquer et disparaître dans le feu cette écriture hautaine, avide de tout garder et posséder. Elle disait bien, cette écriture qui couvrait des pages et des pages de mes cahiers, mon complexe de supériorité.

… « tous les corps ensemble, et tous les esprits ensemble, et toutes leurs productions, ne valent pas le moindre mouvement de charité. Cela est d’un ordre infiniment plus élevé. »

« L’homme n’est ni ange ni bête, et le malheur veut que qui veut faire l’ange fait la bête ». (Pascal) 

Je pense à Monod, le célèbre prix Nobel. Il avait déployé son génie au cours d’une conférence radiodiffusée. Le présentateur s’adressa ensuite à Mère Térésa : que pense-t-elle de cette éblouissante démonstration scientifique d’où naturellement, Dieu est absent ? Elle répond alors simplement : « Je crois en l’amour et en la compassion. » Monod avoua plus tard qu’il en avait été bouleversé. Au plus intime de lui-même, il lui parut soudain que, quelle que fût la prééminence de la science, elle se situait à des années-lumière de l’amour et de la compassion.  

L’acte pur, le don gratuit à 100%, existe-t-il ? La réponse est non [..] L’idéal, me semble-t-il, est de travailler dans le même mouvement à son propre bonheur et à celui des autres.

L’amour, c’est ce complément d’être que je donne, mais tel que l’autre le désire, et non par tel que je l’imagine. L’amour, c’est ce complément d’être, que réciproquement, l’autre me donne, mais à sa façon. 

Dans la relation vraie, l’un reste l’un, l’autre reste l’autre, mais l’un et l’autre se reconnaissent d’une même chair, d’un même sang, d’une unique humanité, somptueuse et fragile. 

Tends l’oreille : autour de toi, qui ou quoi attend ce que personne d’autre que toi ne peut offrir ? 

On croit toujours que c’est ou l’un ou l’autre, ou bien tout moi, ou bien tout toi. Dans les deux cas, c’est le règne de l’Un. A ce compte, c’est l’aridité. La fécondité d’une vie humaine dépend justement de l’étendue du troisième terme : ni toi seulement, ni moi seulement, mais le lien heureux entre nous, l’un et l’autre, dont le système dépasse largement la somme de ses composantes. 

C’est pourquoi tout passe et fuit, hormis l’amour. « L’amour ne passera jamais ». (1 Corinthiens, 13,8). 

Commence d’abord par mesurer le présent […] à l’aune de l’éternité […] Certains de tes objectifs te paraîtront pour ce qu’ils sont, tout à fait vains. D’autres brilleront d’un éclat jusqu’alors caché, parce que tu verras leur dimension d’amour.