Nombre total de pages vues

Affichage des articles dont le libellé est Nathalie Sarraute. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Nathalie Sarraute. Afficher tous les articles

vendredi 19 juin 2020

"Le Planétarium" de Nathalie Sarraute (1959)

C’est toujours ce besoin qu’il a de se faire approuver, cajoler (…) combien de fois il s’est exhibé, s’est décrit dans des poses ridicules, dans des situations grotesques… accumulant les détails honteux pour les faire rire un peu, pour rire un peu avec eux, tout heureux de se sentir parmi eux, proche d’eux, à l’écart de lui-même et tout collé à eux, adhérent à eux si étroitement, si fondu avec eux qu’il se regardait lui-même avec leurs yeux…

Son mépris pour toute ambition sérieuse, son attitude d’amateur…déjà désenchanté, blasé à vingt-sept ans…et elle cramponnée à lui, elle entraînée dans la mort…

Tout est mort. Mort. Mort. Mort. Un astre mort. Elle est seule. Aucun recours. Aucun secours de personne. Elle avance dans une solitude entourée d’épouvante. Elle est seule. Seule sur un astre éteint. La vie est ailleurs…

vendredi 10 janvier 2020

"L’usage de la parole"de Nathalie Sarraute (1980)


… c’était Stendhal, dans La chartreuse de Parme, qui a fait la découverte de ce que chacun aurait dû connaître depuis toujours… les conséquences, en un instant, de l’apparition de ce « mot qui donnera un nom à ce qu’ils sentent l’un pour l’autre ». Il avait déjà vu, il avait pressenti ce qui maintenant exclusivement nous occupe : les effets que le mot à lui seul produit quand il fait irruption.

… mais les voici, ils sont faciles à trouver, il y en a tout un stock commun, amassé pour cet usage, toujours à la disposition de chacun, où chacun maintenant puise, où il saisit, envoie à l’autre des mots qui d’un seul coup vont les placer tous deux, les implanter solidement sur la terre ferme, sur ce tout petit morceau de terre où ils sont sûrs de se retrouver, parfaitement identiques, entièrement solidaires devant un sort commun : le temps qu’il fait en ce moment.

Voilà, je les prends, saisissez-les, je vous les tends… « Ah, encore ces giboulées… le Bon Dieu a dû se tromper de saison… on n’est pourtant pas au printemps »

Il arrive que s’emboîtant exactement l’un dans l’autre comme deux morceaux bien ajustés d’un puzzle, ils cherchent à retarder l’instant où ils devront en se dégageant brouiller le dessin, démolir la jolie construction…