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samedi 22 avril 2017

« Autoportrait en érection » de Guillaume Fabert (1989)

Que de beauté, dans ce noble membre ! Si j’étais « nouveau romancier » ; je ne consacrerais pas moins de dix pages à la seule description de la grosse veine bleue qui souligne la sveltesse de sa hampe, cinquante pages au gland qui triomphe à son faîte.

Cette fameuse « fente » porte bien mal son nom : une fente, c’est net, ferme, tracé d’un geste sûr ; ce n’est pas un déchiquètement haillonneux sorti de la main tremblante d’un chirurgien hors d’âge.  

Que quelques caillots brunâtres restent collés dans la couronne du gland ne me gêne guère ; mais que la verge toute entière soit badigeonnée de merde semi-liquide, et le dégoût me prend. Le temps d’aller à la salle de bain, et on a mis des tâches partout ! 

"Le cœur volé" d’Arthur Rimbaud

« Mon triste cœur bave à la poupe

[…]
Ithyphalliques et pioupiesques,
Leurs quolibets l’ont dépravé !
Au gouvernail on voit des fresques
Ithyphalliques et pioupiesques.
Ô flots abracadabrantesques,
Prenez mon cœur, qu’il soit lavé !



mardi 18 avril 2017

« Adoration ou désespoir » de Marie Dominique Molinié (1980)

Parce que nous sommes pécheurs, il nous est tout de même plus facile de pressentir que nous ne nous en sortirons pas tout seuls, de le pressentir et de l’accepter : alors que des innocents comme nos premiers parents avaient plus de mal à le comprendre, et les Princes de l’esprit que sont les anges, plus de mal à l’accepter...

…vous serez jugés par le regard que vous porterez sur la vie.

Il n’y aura plus de Temple (le seul lieu où l’on pouvait offrir des sacrifices selon la liturgie prescrite à Moïse, dans la ville Sainte du Roi David, Jérusalem) : il fut détruit quelques années après la mort du Christ, toujours par les Romains. Enfin il n’y aura plus de prêtres, descendants d’une tribu originale parmi les tribus d’Israël, la tribu de Lévi : ils seront noyés dans la masse, n’ayant plus d’office sacerdotal à exercer, et la vie religieuse sera encadrée désormais par des Rabbins (des sages ou des maîtres) qui ne feront plus office de prêtres. 

Or, Marie est Mère de cette unique Personne, elle est donc Mère du Verbe Incarné : elle est Mère de Dieu.
[…] Elle appartient à l’ordre hypostatique ; ce qui veut dire ; elle est liée au mystère qui fait subsister la nature humaine de Jésus dans la Personne du Fils de Dieu.
[…] Cette dignité que la Sainte-Vierge possède à titre personnel, le peuple juif la possède donc à titre collectif… 

… Dieu lui donne (à Abraham) deux fils ; l’un qui incarne sa descendance charnelle, l’autre sa descendance spirituelle, car il est le fruit miraculeux de la promesse, né de Sarah et non d’une esclave comme le premier.
Ces deux fils furent les ancêtres des deux peuples dont l’affrontement n’est pas terminé : les Juifs et les Arabes, Israël et Ismaël. 

Avoir la foi, c’est accepter que notre vie soit dirigée par Dieu et non par nous-mêmes, que la réussite de nos projets ne dépende pas de nous mais d’un Autre : la bataille dépend de Dieu et des soldats, mais la victoire dépend de Dieu seul (les soldats combattront et Dieu donnera victoire). 

Pensez à l’homme de l’Evangile qui dit : « Repose-toi mon âme, tu as travaillé, tu es riche, tu peux maintenant profiter du fruit de tes efforts ». Et à la réponse du Seigneur : « Insensé ! Cette nuit même, je te demanderai ton âme… »

La vraie lumière est celle dont parlait Socrate […] : non, le sens de la vie n’est ni ceci, ni cela…. je ne vivrai pas pour ceci ou pour cela, je ne m’en contenterai pas. Alors tu vivras pour quoi ? Je ne sais pas… je ne sais pas ce qu’il faut faire, je sais seulement ce qu’il ne faut pas faire : s’arrêter avant d’avoir trouvé.
Refuser cet inconfort, s’installer dans son petit monde, c’est le péché mortel le plus grave qui vous menace, que vous ayez la foi ou non… 

dimanche 16 avril 2017

"Dieu en questions" d'André Frossard (1990)

Mais il […] demande de qui est l’effigie portée sur cette pièce, et comme on lui répond « de César », il a cette sentence célèbre : « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. »
Or nous sommes « à l’image de Dieu », en quelque sorte son effigie. Donc nous sommes à rendre à Dieu intégralement […]
Nous rendons le moins possible à Dieu, et nous nous faisons le César de notre propre personne. 

La conscience de son inachèvement maintient l’être humain ouvert du côté de l’infini, et les épreuves que lui inflige le désordre du monde ou de sa propre vie l’empêchent de se refermer. C’est en ce sens, je crois, que l’on peut dire que Dieu a tiré du mal que fut le péché ce plus grand bien : la faculté de nous régénérer dans l’amour. 

… la connivence profonde de la souffrance et de l’amour dans votre nature périssable.

« Tendre est la nuit » de Francis Scott Fitzgerald (1934)


Le drame de notre profession, c’est qu’elle attire des gens qui sont eux-mêmes un peu fragiles, un peu blessés. Une fois qu’ils sont dedans, ils ont l’impression d’être encadrés par des murs solides et rassurants, et l’aspect « pratique », l’aspect « clinique » de notre travail, leur permet de compenser leurs propres faiblesses. Ils finissent par gagner un combat sans avoir combattu. Pour vous, Franz, c’est exactement le contraire. Vous êtes un bon psychiatre parce qu’avant même votre naissance le destin vous a choisi pour ça. 

samedi 15 avril 2017

« A l’ombre des jeunes filles en fleurs » de Marcel Proust (1919)

Le temps du reste qu’il faut à un individu – comme il me le fallut à moi à l’égard de cette Sonate –pour pénétrer une œuvre un peu profonde, n’est que le raccourci et comme le symbole des années, des siècles parfois, qui s’écoulent avant que le public puisse aimer un chef d’œuvre vraiment nouveau. 

Ce qui est cause qu’une œuvre de génie est difficilement admirée tout de suite, c’est que celui qui l’a écrite est extraordinaire, que peu de gens lui ressemblent. C’est son œuvre elle-même qui, en fécondant les rares esprits capables de le comprendre, les fera croître et multiplier […] Ce qu’on appelle la postérité, c’est la postérité de l’œuvre. Il faut que l’œuvre […] crée elle-même sa postérité. Si donc l’œuvre était tenue en réserve, n’était connue que de la postérité, celle-ci, pour cette œuvre, ne serait pas la postérité, mais une assemblée de contemporains ayant simplement vécu cinquante ans plus tard. 

… ceux qui produisent des œuvres géniales ne sont pas ceux qui vivent dans le milieu le plus délicat, qui ont la conversation la plus brillante, la culture la plus étendue, mais ceux qui ont eu le pouvoir, cessant brusquement de vivre pour eux-mêmes, de rendre leur personnalité pareille à un miroir, de telle sorte que leur vie, si médiocre d’ailleurs qu’elle pourrait être mondainement et même, dans un certain sens, intellectuellement parlant, s’y reflète, le génie consistant dans le pouvoir réfléchissant et non dans la qualité intrinsèque du spectacle reflété. 

La tempête qui soufflait sur mon cœur était si violente que je revins vers la maison, bousculé, meurtri, sentant que je ne pourrais retrouver la respiration qu’en rebroussant chemin, qu’en retournant sous un prétexte quelconque auprès de Gilberte. Mais elle se serait dit : « Encore lui ! » 

Or, les souvenirs d’amour ne font pas exception aux lois générales de la mémoire, elles-mêmes régies par les lois plus générales de l’habitude. Comme celle-ci affaiblit tout, ce qui nous rappelle le mieux un être, c’est justement ce que nous avions oublié (parce que c’était insignifiant, et que nous lui avons ainsi laissé toute sa force). C’est pourquoi la meilleure part de notre mémoire est hors de nous, dans un souffle pluvieux, dans l’odeur du renfermé d’une chambre ou dans l’odeur d’une première flambée, partout où nous retrouvons de nous-même ce que notre intelligence, n’en ayant pas l’emploi, avait dédaigné, la dernière réserve du passé, la meilleure, celle qui, quand toutes nos larmes semblent taries, sait nous faire pleurer encore. 

… la grande fille que je vis sortir de cette maison et, sur le sentier qu’illuminait obliquement le soleil levant, venir vers la gare en portant une jarre de lait […]Elle longea les wagons, offrant du café au lait à quelques voyageurs réveillés. Empourpré des reflets du matin, son visage était plus rose que le ciel. Je ressentis devant elle ce désir de vivre qui renaît en nous chaque fois que nous prenons de nouveau conscience de la beauté et du bonheur. Nous oublions toujours qu’ils sont individuels […] C’est ainsi que bâille d’avance d’ennui un lettré à qui on parle d’un nouveau « beau livre », parce qu’il imagine une sorte de composé de tous les beaux livres qu’il a lus, tandis qu’un beau livre est particulier et imprévisible […] la cessation momentanée de l’Habitude agissait pour une grande part. Je faisais bénéficier la marchande de lait de ce que c’était mon être au complet, apte à goûter de vives jouissances, qui était en face d’elle. C’est d’ordinaire avec notre être réduit au minimum que nous vivons ; la plupart de nos facultés restent endormies, parce qu’elles se reposent sur l’habitude qui sait ce qu’il y a à faire et n’a pas besoin d’elles. Mais par ce matin de voyage, l’interruption de la routine de mon existence, le changement de lieu et d’heure avait rendu leur présence indispensable. 

… la Beauté dont on serait parfois tenté de se demander si elle est en ce monde autre chose que la partie de complément qu’ajoute à une passante fragmentaire et fugitive notre imagination surexcitée par le regret. 

La vue et la perte de toutes accroissaient l’état d’agitation où je vivais, et je trouvais quelque sagesse aux philosophes qui nous recommandent de borner nos désirs. 

Cette fugacité des êtres qui ne sont pas connus de nous […] nous met dans cet état de poursuite où rien n’arrête plus l’imagination. […] Il faut qu’entre nous et le poisson qui, si nous le voyions pour la première fois servi sur une table, ne paraîtrait pas valoir les mille ruses et détours nécessaires pour nous emparer de lui, s’interpose, pendant les après-midi de pêche, le remous à la surface duquel viennent affleurer, sans que nous sachions bien ce que nous voulons en faire, le poli d’une chair, l’indécision d’une forme, dans la fluidité d’un transparent et mobile azur. 

… ce n’est pas le désir de devenir célèbre, mais l’habitude d’être laborieux, qui nous permet de produire une œuvre…

… j’étais enfermé dans le présent, comme les héros, comme les ivrognes…

… l’ivresse réalise pour quelques heures l’idéalisme subjectif, le phénoménisme pur ; tout n’est plus qu’apparences et n’existe plus qu’en fonction de notre sublime nous-même. 

J’avais autrefois entrevu […] qu’en étant amoureux d’une femme nous projetons simplement en elle un état de notre âme […] et que les émotions qu’une jeune fille médiocre nous donne peuvent nous permettre de faire monter à notre conscience des parties plus intimes de nous-mêmes, plus personnelles, plus lointaines, plus essentielles, que ne ferait le plaisir que nous donne la conversation d’une homme supérieur ou même la contemplation admirative de ses œuvres. 

Mais j’y pouvais discerner que le charme de chacune consistait en une sorte de métamorphose de choses représentées, analogue à celle qu’en poésie on nomme métaphore, et que, si Dieu le Père avait créé les choses en les nommant, c’est en leur ôtant leur nom, ou en leur en donnant un autre, qu’Elstir les recréait. Les noms qui désignent les choses répondent toujours à une notion de l’intelligence, étrangère à nos impressions véritables, et qui nous force à éliminer d’elle tout ce qui ne se rapporte pas à cette notion. 

On ne reçoit pas la sagesse, il faut la découvrir soi-même après un trajet que personne ne peut faire pour nous, ne peut nous épargner, car elle est un point de vue sur les choses. 

… l’existence n’a guère d’intérêt que dans les journées où la poussière des réalités est mêlée de sable magique, où quelque vulgaire incident devient un ressort romanesque. 

En parlant, Albertine gardait la tête immobile, les narines serrées, ne faisait remuer que le bout des lèvres. Il en résultait ainsi un son traînard et nasal dans la composition duquel entraient peut-être des hérédités provinciales, une affectation juvénile de flegme britannique, les leçons d’une institutrice étrangère et une hypertrophie de la muqueuse du nez. 

Les êtres qui en ont la possibilité – il est vrai que ce sont les artistes et, j’étais convaincu depuis longtemps que je ne le serais jamais – ont aussi leu devoir de vivre pour eux-mêmes ; or l’amitié leur est une dispense de ce devoir, une abdication de soi. La conversation même qui est le mode d’expression de l’amitié est une divagation superficielle, qui ne nous donne rien à acquérir. Nous pouvons causer pendant toute une vie sans rien faire que répéter indéfiniment le vide d’une minute. 

Aimer aide à discerner, à différencier.

jeudi 6 avril 2017

« Du côté de chez Swann » de Marcel Proust (1913)


Que nous croyions qu’un être participe à une vie inconnue où son amour nous ferait pénétrer, c’est, de tout ce qu’exige l’amour pour naître, ce à quoi il tient le plus, et qui lui fait faire bon marché du reste. Même les femmes qui prétendent ne juger un homme que sur son physique, voient en ce physique l’émanation d’une vie spéciale. C’est pourquoi elles aiment les militaires, les pompiers… 

Et comme cet hyménoptère […], la guêpe fouisseuse, qui, pour que ses petits après sa mort aient de la viande fraiche à manger, appelle l’anatomie au secours de sa cruauté et, ayant capturé des charançons et des araignées, leur perce avec un savoir et une adresse merveilleux le centre nerveux d’où dépend le mouvement des pattes, mais non les autres fonctions de la vie, de façon à ce que l’insecte paralysé près duquel elle dépose ses œufs, fournisse aux larves, quand elles écloront, un gibier docile, inoffensif, incapable de fuite ou de résistance, mais nullement faisandé. Françoise trouvait pour servir sa volonté permanente de rendre la maison intenable à tout domestique, des ruses si savantes et si impitoyables que, bien des années plus tard, nous apprîmes que si cet été là nous avions mangé presque tous les jours des asperges, c’était parce que leur odeur donnait à la pauvre fille de cuisine chargée de les éplucher des crises d’asthme d’une telle violence qu’elle fut obligée de finir par s’en aller. 

Elle était en grand deuil, car son père était mort depuis peu. Nous n’étions pas allés la voir, ma mère ne l’avait pas voulu à cause d’une vertu qui chez elle limitait seule les effets de la bonté : la pudeur…

Et je la regardais, revenant de quelque promenade sur un chemin où elle savait qu’il ne passerait pas, ôter de ses mains résignées de longs gants d’une grâce inutile. 

… et pourtant ce parfum d’aubépine qui butine le long de la haie où les églantiers le remplaceront bientôt, un bruit de pas sans écho sur le gravier d’une allée, une bulle formée contre une plante aquatique par l’eau de la rivière et qui crève aussitôt, mon exaltation les a portés et a réussi à leur faire traverser tant d’années successives, tandis qu’alentour les chemins se sont effacés et que sont morts ceux qui les foulèrent et le souvenir de ceux qui les foulèrent. 

… calme et […] bien-être qui sont le fond indispensable aux impressions que peut donner la nature. 

- Alors pas de cattleyas ce soir ? lui dit-il, moi qui espérais un petit cattleya.
Et d’un air un peu boudeur et nerveux, elle lui répondit :
- Mais non, mon petit, pas de cattleyas ce soir, tu vois bien que je suis souffrante !
- Cela t’aurait peut-être fait du bien, mais enfin je n’insiste pas. 

Dès que venait le jour où il était possible qu’elle revînt, il rouvrait l’indicateur, calculait quel train elle avait dû prendre et, si elle s’était attardée, ceux qui lui restaient encore. Il ne sortait pas de peur de manquer une dépêche, ne se couchait pas pour le cas où, revenue, par le dernier train, elle aurait voulu lui faire la surprise de venir le voir au milieu de la nuit […] Il attendait toute la nuit, bien inutilement, car Odette était à Paris depuis midi : elle n’avait pas eu l’idée de l’en prévenir ; ne sachant que faire, elle avait été passer sa soirée seule au théâtre et il y avait longtemps qu’elle était rentrée se coucher et dormait.

Plein d’une mélancolique ironie, Swann les regardait écouter l’intermède de piano (« Saint François parlant aux oiseaux » de Liszt) qui avait succédé à l’air de flûte, et suivre le jeu vertigineux du virtuose, Mme de Franquenot anxieusement, les yeux éperdus comme si les touches sur lesquelles il courait avec agilité avaient été une suite de trapèzes d’où il pouvait tomber d’une hauteur de quatre-vingt mètres, et non sans lancer à sa voisine des regards d’étonnement, de dénégation qui signifiaient : « Ce n’est pas croyable, je n’aurais jamais pensé qu’un homme pût faire cela », Mme de Cambremer, en femme qui a reçu une forte éducation musicale, battant la mesure dont l’amplitude et la rapidité d’oscillations d’une épaule à l’autre étaient devenues telles (avec cette espèce d’égarement et d’abandon du regard qu’ont les douleurs qui ne se connaissent plus ni ne cherchent à se maîtriser et disent : « Que voulez-vous ?), qu’à tout moment elle accrochait avec ses solitaires les pattes de son corsage et était obligée de redresser les raisins noirs qu’elle avait dans les cheveux, sans cesser pour cela d’accélérer le mouvement. 

Or, la princesse des Laumes, qu’on ne se serait pas attendu à voir chez Mme de Saint-Euverte, venait précisément d’arriver. Pour montrer qu’elle ne cherchait pas à faire sentir dans un salon, où elle ne venait que par condescendance, la supériorité de son rang, elle était entrée en effaçant les épaules, là même où il n’y avait aucune foule à fendre et personne à laisser passer, restant exprès dans le fond, de l’air d’y être à sa place, comme un roi qui fait la queue à la porte d’un théâtre tant que les autorités n’ont pas été prévenues qu’il est là…

… Swann comme beaucoup de gens avait l’esprit paresseux et manquait d’invention. 

On dit souvent qu’en dénonçant à un ami les fautes de sa maîtresse, on ne réussit qu’à le rapprocher d’elle parce qu’il ne leur ajoute pas foi, mais combien davantage s’il leur ajoute foi ! Mais, se disait Swann, comment réussir à la protéger ?

dimanche 2 avril 2017

« Narcisse et Goldmund » d’Hermann Hesse (1930)

… la science, c’est l’art des distinctions.

… les hommes doués de sens délicats, ceux qui ont de l’âme, les poètes, ceux pour qui toute la vie est amour nous sont presque toujours supérieurs, à nous, chez qui domine l’intellect. Vous êtes, par votre origine, du côté de la mère. […] La force de l’amour, la capacité de vivre intensément les choses est notre lot. Nous autres […] nous vivons dans les abstractions. 

Avec des lettres et des mots on ne peut rien dire. Parfois j’écris une lettre grecque quelconque, un thêta ou un oméga, et je n’ai qu’à tourner un tout petit peu la plume, voilà que la lettre prend une queue et devient un poisson et évoque en une seconde tous les ruisseaux et tous les fleuves de la terre, toute sa fraîcheur et son humidité, l’océan d’Homère et les eaux sur lesquelles marcha saint Pierre, ou bien la lettre devient un petit oiseau, dresse la queue, hérisse ses plumes, se gonfle, rit et s’envole. Eh bien, Narcisse, tu ne fais sans doute pas grand cas de ces lettres-là ? Mais je te le dis, c’est avec elles que Dieu a écrit le monde.

…la différence entre ceux qui sont de la race du père et ceux qui sont du côté de la mère, la différence entre l’âme et l’intelligence.

La vie de Goldmund, à ce moment-là, ne fut plus qu’attente et adieux. Il alla revoir tous les lieux qu’il avait aimés ou qui avaient pris une signification dans sa vie […] tout, autour de lui, avait perdu sa réalité, tout évoquait l’automne, la saison de ce qui passe et disparaît. 

Pourquoi n’était-il donc pas pleinement heureux ? Pourquoi dans son jeune bonheur tout comme dans la sagesse et dans la vertu de Narcisse, cette curieuse douleur, cette légère angoisse, cette plainte sur l’instabilité du bonheur pouvait-elle se glisser parfois ? 

Rien, ah ! Absolument rien ne pouvait s’exprimer à fond, se penser à fond, et pourtant on avait toujours en soi à nouveau le besoin ardent de parler, l’éternelle tendance à penser ! 

Qu’il avait été bête ! Les paroles étaient superflues en amour, il aurait dû se taire. […] Elle semblait à peine entendre. Elle était là, la bouche amère et le regard perdu au loin, comme si elle était absolument seule. Jamais il n’avait été en pareille situation. Et cela parce qu’il avait parlé.
Il posa doucement son visage sur ses genoux et tout de suite cela lui fit du bien de la toucher. Il restait pourtant un peu désemparé et triste et elle aussi semblait encore affligée : elle était assise, immobile, silencieuse, les yeux perdus dans le lointain. Quelle situation embarrassante, quelle tristesse ! 

Quelquefois je me dis que tu devrais devenir un poète, un de ceux qui ont des visions et des rêves et qui savent les dire en beauté. 

Un matin, peu après le lever du jour, Goldmund se réveilla dans son lit et y resta un moment à réfléchir. Des images d’un rêve s’attardaient encore autour de lui, mais sans rapports entre elles […]. Quand il se fut dégagé de l’écheveau de ses songes, une lumière inaccoutumée éveilla son attention, une clarté d’un genre tout spécial, qui pénétrait aujourd’hui par le petit jour du volet. Il sauta à bas du lit, courut à la fenêtre et vit la corniche, le toit de l’écurie, le portail de la cour et dans tout le paysage derrière, rayonnait une lumière blanche bleutée sous la première neige de cet hiver. Le contraste entre l’inquiétude de son cœur et le calme, la résignation de ce monde hivernal le frappa: avec quelle tranquillité, quelle touchante soumission les champs, les forêts, les collines, et la lande s’abandonnaient au soleil, au vent, à la pluie, à la sécheresse, à la neige ! 

Longtemps Goldmund se tint appuyé au tronc de pin et resta tranquille pour ne pas empêcher l’autre de s’endormir. […] un peu anxieux dans cette paix profonde, il laissa pénétrer en lui la solennité de la nuit d’hiver, sentit son cœur chaud et vivant qui battait dans le silence glacial où rien ne lui répondait. 

Ses doigts s’appliquaient au plâtre auquel ils donnaient forme d’un geste sûr, mais plein de sensibilité. Ils le traitaient comme ceux d’un amant traitent l’amante qui se livre à lui : tout vibrants de sensations amoureuses, d’une tendresse qui ne fait point de différence entre prendre et donner, sensuels et respectueux tout ensemble…

Peut-être pensait-il, la source de tout art et sans doute aussi de toute pensée est-elle la crainte de la mort. […] Lorsque, comme artistes, nous créons des formes ou bien, comme penseurs, cherchons des lois ou formulons des idées, nous le faisons pour arriver tout de même à sauver quelque chose de la grande danse macabre, pour fixer quelque chose qui ait plus de durée que nous-mêmes.  

C’était sa honte et sa désolation d’avoir déjà senti dans son propre cœur, d’avoir déjà senti dans ses propres mains comment un artiste peut donner au monde de jolies choses de ce genre pour jouir de son talent, par ambition, par simple jeu. 

C’était cela que le rêve et le chef-d’œuvre suprême avaient en commun : le mystère. 

Dans la personne de maître Niklaus on pouvait voir où cela menait. Cela donnait un nom, de l’argent, cela menait à la gloire, à la vie bourgeoise et aussi à la perte de ce sens intime qui se desséchait, s’étiolait, alors que lui seul avait accès au mystère. 

Les femmes étaient peut-être en ce domaine plus favorisées : chez elles la nature avait ainsi fait les choses que le plaisir portait lui-même son fruit et que l’enfant naissait de la volupté d’amour. Chez l’homme c’était l’éternelle aspiration qui tenait la place de cette fécondité. 

Mais il y avait une fêlure dans sa création (Dieu), soit qu’elle fût manquée ou imparfaite, soit qu’il eût sur l’humanité des vues particulières par le moyen de ce vide, de cette aspiration dans l’existence humaine, soit que ce fût là la semence de l’Ennemi, la faute originelle. Mais pourquoi ce désir ardent et cette imperfection seraient-ils une faute ? N’était-ce pas d’eux que naissait tout ce que l’homme faisait de beau et de saint pour le rendre à Dieu en témoignage de sa gratitude ? 

Les mystiques […] sont des penseurs qui ne peuvent se libérer des représentations, en somme, qui ne sont pas des penseurs. Ce sont des artistes manqués : des poètes sans vers, des peintres sans pinceaux, des musiciens sans sons. 

vendredi 31 mars 2017

« The King of oil - The secret lives of Marc Rich » de Daniel Ammann (2009)

Today the name Marc Rich means the billionaire trader who fled the United States in 1983 to avoid charges of tax evasion and making illegal oil deals with Iran during the hostage crisis. Marc Rich stand for the controversial last-minutes pardon he received from President Bill Clinton in January 2001, « one of the most disgusting act of the Clinton administration, » as Forbes magazine wrote.

(…) the twentieth century’s most powerful , most important, and most notorious oil trader.

(…) it was mainly due to the intercession of Israeli politicians on Rich’s behalf that Bill Clinton finally agreed to grant him a pardon.

The capitalist without a country who makes deals with the enemy. The speculator who creates nothing of his own but only acts as an intermediary while profiting from others. The « bloodsucker of the Third World », as Rich was once referred to in the Swiss parliament? The perfidious profiteer, who would rather leave his own country and give up his citizenship than pay taxes.

As economists put it, a high degree of trust lowers the costs of transactions and compensates for a lack of information. According to the American philosopher Francis Fukuyama, trust is a key prerequisite for prosperity.

Most important, Rich has the strength of will and the patience to listen, observe, and learn.

« It’s only a good deal when the two signatories are laughing together at the table. That’s the only way a partnership can have any future. Otherwise it’s the only deal you’ll make », he explained to me.

I later found out that he worked every Saturday, and every Sunday too. He thinks about business twenty-four hours a day. Fifteen-hour days beginning at 7:00 a.m. and ending at 10:00 p.m. were the rule rather than the exception. As a joke, Rich would greet colleagues who arrived for work at 8:30 a.m. with a casual « Good afternoon ».

The price for a barrel of oil remained more or less constant - 2,50 $ to 3 $ per barrel - from 1948 to 1970 (…) This situation must have been a great annoyance to the oil-producing nations, as the prices for industrial goods had increased considerably over the same period of time.

In August 1971, President Richard Nixon abandoned he gold standard, whereupon the dollar immediately lost 20 to 40 percent of its value against mots other currencies. As the global oil trade was based on dollars, this meant that the oil-producing nations were earning even less « real » income in terms of purchasing power.

An increase in insecurity and volatility within a commodities market goes hand in hand with an increasing demand for independent traders who can guarantee supplies for solid cash. These traders allow buyers to compensate for market fluctuations (…) Rich realized that if the oil-producing countries wished to break the dominance of the corporations, they would need independent traders like him.

Up to 90% of Israel’s oil imports came from Iran. The Persian country, which is not Arab, had secretly supplied Israel with the black gold since the middle 1950s. In the summer of 1965, Golda Meir, then Israel’s foreign minister, visited the shah in Tehran. She suggested the two nations cooperate in the construction and management of a pipeline (…) The pipeline, 254 kilometers long and 106 centimeters in diameter, was completed in 1969… « Thanks to the pipeline, the shah was able to gradually outrival the multinational oil companies and become a powerful force in the oil trade », a participant in the tarde told me (…) Israel, on the other side, earned good money on the transit fees for the pipeline and was at the same time able to secure a constant supply of oil.

The letter of credit represents the bank’s promise to pay for the commodities. It is a form if insurance for the seller as well as the buyer. The buyer only has to pay after the seller has delivered the agreed quantity and quality of raw materials. The seller has a guarantee that he will be paid after te goods have been delivered if he can present the required documents as evidence (…) In these commodity trades, the risk was primarily carried out by the bank that had extended the line of credit.

First of all, Rich’s company was willing to take on higher level of risk than its competitors. Second, the best people in the business were working for the company. Finally Marc Rich + Co. was the first company to develop a sophisticated system for trading oil independently. It is no exaggeration to state that Marc Rich and Pincus Green truly did invent the spot market for crude oil.

The partners recognized opportunities and followed up on them faster than the competition (…) Ecuador is selling oil ? Fly over there immediately, and don’t just buy the oil that is up for sale. Get the client to agree to a long-term contract. Turkey is looking for oil ? Fly over there right away and sell it to them.

In short, supply and demand could be balanced much more efficiently. The spot market brought with it an increase in productivity that helped to turn the entire industry inside out (…) Marc Rich invented the concept of independent oil trade. That’s why he is such an important person in the history of trade.

The distinguished economist and Nobel Prize winner Kenneth J. Arrow characterizes trust as « an important lubricant of a social system. It is extremely efficient ; it saves a lot of trouble to have a fair degree of reliance on other people’s word… Trust and similar values, loyalty…

« Rich is a man of his word. Being reliable, keeping your word, being honest - these are the reasons he is successful. » (Robert Fink, who has served as Rich’s lawyer for many years).

It was not unusual for employees to work fifteen or sixteen jours a day (…) « I was in the office at a quarter to eight in the morning. I left at 1:00 A.M. I went Saturday and Sunday. I was in the office on December twenty-fifth or on January first. All the other traders were there as well. »

Rich’s traders could sometimes achieve celebrity status within their industry, and if they were successful they could earn even more money than an investment banker. The company is proud of the fact that it has created more millionaires than any other company in Switzerland. Rich’s employees were encouraged to become shareholders in the company from its inception (…) Even the secretaries received company stock.

At the end of the 1960s, only 5 percent of the world’s crude oil was traded outside of the Seven Sisters oligopoly. A mere ten years later, more than half of all crude was sold on the spot market or traded at prices that were tied to the market price.

The attack on the U.S. embassy and the taking of hostages was a violation of diplomatic immunity as laid out at the Vienna Congress of 1814-15, an agreement that even the Nazis had respected during World War II.

I asked him how he had managed to gain the trust of te new Khomeini regime, even though he has worked closely with the shah’s government. His laconic answer helps to explain why traders as Rich exist in the first place and why they are in such great demand. « We performed a service for them », Rich explains. « We bought the oil, we handled the transport, and we sold it. They couldn’t do it themselves, so we were able to do it. »

Rich’s most important client in these years was one that would remain forever grateful to him and would later come to his aid : Israel (…) During the reign of Mohammad Reza Pahlavi, Israel imported between 60 and 90 percent of it oil from the shah, making the country almost completely dependent on Iran for its energy needs. The Iranian revolution thus placed Israel in an extremely precarious situation (…) Beginning in 1973, Rich would serve as Israel’s most important supplier of oil for twenty years (…) Rich provided at least one out of every five barrels (…) Iranian inner circles were well aware of Rich’s dealings with Israel (…) « They didn’t care », Rich told me. « The professionals in the oil business in Iran didn’t care. They just wanted to sell oil. » (…) When it came to money, profit seemed to be of more importance than radical rhetoric. It was proof of the triumph of the free market over ideology.

By the beginning of the 1980s, Rich had reached his zenith in terms of power and influence. He was the world’s largest independent oil trader and bought and sold more oil every day than Kuwait.

In the late fall of 1981, Rich was almost completely unknown to the public at large, although he was already the world’s largest independent oil trader and one of the richest men in America. Outside the close-knit community of commodity traders, almost no one knew his name.

(…) the film studio 20th Century Fox, half of which Rich secretly owned.

The law designed to combat organized crime was intentionally named the Racketeer Influenced and Corrupt Organizations Act in order to obtain the acronym RICO, after the ambitious gangster played by Edward G. Robinson in the 1931 film Little Caesar. The act was intended to make it easier to prosecute organized crime figures and strike a devastating blow against their economic structures. Under RICO the defendant’s assets can be seized before the case comes to trial or even before an indictment. It is the heaviest pice of artillery in a federal prosecutor’s arsenal. John W. Dean, former counsel to President Richard Nixon, dubbed RICO « the prosecutor’s equivalent of nuclear weaponry. » (…) In Marc Rich’s case, Giuliani used RICO for the first time ever in a case that did not explicitly deal with more archetypal examples of organized crime, such as the Mafia or drug trafficking. After Rich’s indictment, U.S. authorities blocked all of the bank accounts belonging either to Rich personally or to his companies on American oil (…) « It was phenomenal », Sandy Weinberg told me with glee. « We tied up all U.S. assets, including 20th Century Fox. We shut’em down completely. We shut the company down for a year. They couldn’t operate in the U.S. It cost them dearly. I assume it cost them probably a billion dollars ». (…) Altogether the settlement was worth more than 200 $ million. In return the government lifted the yearlong freeze on Rich’s U.S. assets.

Switzerland is unique when it comes to differentiating between taw evasion and tax fraud. In Switzerland the intentional failure to report income or assets or assets on a tax return is not considered a crime but a case of tax evasion, which is dealt with using only administrative sanctions. Tax fraud, involving criminal sanctions, takes place when income is fraudulently identified using a falsified document, such as a bank statement, an invoice, or a balance sheet.

« Within the frame of this agreement, a telephone call would have been enough, » recounted Leutert. « The Americans only needed to tell us that they had a huge case of fraud or forgery on their hands, involving a certain Mar Rich living in Switzerland. They only needed to ask us: Could you please arrest him pending receipt of an extradition request? It would have happened fairly quickly after that, and Swiss police would have taken Mar Rich into provisional custody. » (…) In fact, the U.S. attorney later chose a different strategy - a strategy that was much more likely to get the case in the headlines (…) The internationally respected weekly Die Weltwoche, which is usually rather pro-American in tone, commented, « It is not entirely clear why the United States is balking at the due process of law. It is possible that the New York prosecutor Giuliani is seeking the loudest possible fanfare for his dream trial that involves « the biggest tax fraud in the history of the United States. » » (…) Why were Giuliani and Weinberg so uncooperative in their dealings with Swiss authorities? Why did they fail to take advantage of so many opportunities?

The charge of trading with the enemy changed everything. All of the anger and sadness unleashed by the Iranian hostage crisis rained down upon Rich. After these accusations have been made, it would no longer be possible to consider the case solely from a legal point of view. It was no longer a matter of legality and illegality. It was now an issue of morality.

It was one of the ironies of the case against Marc Rich that at about the same time, the Reagan administration secretly sold weapons to Iran and used the funds to support the anti-Communist Contra in Nicaragua.

One could go as far as to say that Giuliani’s political and very public career actually began with this case.

There was one decisive that Sandy Weinberg did not hesitate to ask me: « If the case was so flawed, why didn’t he come back and face the charges? » On hearing the question, Rich looks at me as if he has trouble believing that I still do not understand. He continues in a low voice. « I saw no hope of getting a fair trial because of the unstable and inflamed environment. My case was very bad - unjustifiably so. » He once more points out his belief that this was a case in which the prosecution had overstepped the limits of acceptable conduct. « The situation was so negative. I didn’t trust the situation, it wasn’t a normal situation. » In this, Rich, receives support from unexpected quarters. The former Swiss minister of justice Elisabeth Kopp-Iklé is of a similar opinion.

Safir’s failed mission was a small part of a huge, top-secret project known as the Otford Project, the goal of which was to apprehend Marc Rich and Pinky Green at almost any price. A multiagency team was put together consisting of personnel from the FBI, the IRS, the Office of International Affairs at the Department of Justice, the U.S. attorney for the Southern District of New York, Interpol, and the U.S. Marshals Service (…) 
The U.S. marshal who was assigned by Safir to hunt down Rich was Ken Hill. Ever since Rich had fled to Switzerland in 1983, Hill had been devoted « solely and exlusively » to the case - and remained so in the role of case agent for fourteen years.

The average tax evasion suspect, the U.S. government once calculated, remains at large for three years and eight months. Rich and Green, however, were at large for more than seventeen years before they were pardoned by Bill President Clinton in January 2001.

Rich’s ability to evade the agents of the most powerful nation in the nation for nearly twenty years was largely due to Azulay’s good instincts and experience. Azulay was the perfect candidate, a former colonel in the Israeli Defense Forces and a high-ranking Mossad agent who has worked undercover in Spain during the 1970s, a time when Spain had no diplomatic ties with Israel. He was later assigned to one of the most difficult regions in the intelligence world: Lebanon.

(…) between the years of 1984 and 1990, in order to apprehend Rich (…) the equivalent of three people worked full-time on the hunt for the fugitive trader.

Rich could nevertheless continue to do business all over the world. He traveled « extensively », as the police documents stated - Spain, Portugal, Belgium, Bolivia, Great Britain, Eastern Europe, Israel, Scandinavia, and the former Soviet Union.

(…) Marc Rich was able to continually expand his company, until it became the world’s largest and most successful independent oil and metals trading company. In 1990, seven years after he was indicted in New York, he was active in 128 countries, had forty-eight offices around the globe, and employed twelve hundred people.

« The key to success - and to real wealth - is long-term thinking, » Rich says (…) « We didn’t get into a new country to make a million dollars and then go home. We went to stay there, » said a trader who has opened African markets while working for Rich in the 1970s.

Rosenberg and his partners bought a long position on zinc on the London Metal Exchange (LME) (…) This meant that the three parties had obligated themselves to purchase zinc at a predetermined time and at a predetermined price (…) They simultaneously began buying huge amounts of zinc in an attempt to drive up the market price in the hope of obtaining a higher price for the zinc that hey had purchased (…) The insane attempt to manipulate the global zinc market ended up costing Marc Rich + C0. 172 million $ (…) « This is artificial. There is no physical demand. It’ a bubble that will burst », they told him. He refused to listen to them and made no attempt to rein in Rosenberg.

Competitors and rivals soon realized that they only had to mention Mar Rich’s name in order to provoke a public debate that could damage his business - and aid theirs. They knew that Rich cherished discretion above all else and that any publicity would have a negative effect on his business.

(…) for years Rich’s company Clarendon ha been supplying the US.S Mint with copper and nickel for the production of coins. These government contracts were worth 45.5 million $ to Clarendon. Politicians and media had a field day over the fact that an indicted tax evader on the run from U.S. prosecutors was doing business with the federal government.

By the end of 1992, eleven years after the Southern District of New York began its investigation, Rich’s image had taken a serious beating. His name had become a symbol for greedy and unscrupulous dealmakers.

The value of Marc Rich + Co. at that time was estimated at 1 billion $ to 1.15 billion $. The company was active in 128 countries, had an annual turnover of 30 billion $, and brought in an estimated profit of 200 million $ to 400 million $ each year. It was the market leader in the oil, metals, and minerals trade.

(…) the new owners renamed the company Glencore. Today, the company is still the world’s largest commodities trader, and in terms of annual turnover, it is the largest firm in Switzerland.

Rich now invests in the financial markets and builds commercial centers and residential buildings mainly in Russia and the Czech Republic as well as in Spain, France , and Switzerland.

There is something about the feeling of success that is highly addictive. « Success is measured fairly easily in his business. It is measured by the amount of money he makes. », Rich’s friend the hedge fund pioneer Michael Steinhardt told me.

Denis involvement in Marc Rich’s pardon was particularly scandalous as she was one of the biggest ans most loyal supporters of the Democratic Party, to which she had donated more than 1.1 million $ since 1992 (…) She was particularly close to Bill and Hillary Clinton, whose election campaigns she helped finance, and she donated 450 000 $ to Bill Clinton’s president library in Little Rock, Arkansas.

« Without the support of Barak and Peres, Clinton would not have granted the pardon - no doubt about it », Azulay told me (…) Clinton seemed to confirm their opinions in his autobiography : « Ehud Barak asked me three times to pardon Rich because of Rich’s services to Israel and his hep with the Palestinians »… (…) Rich’s oil deliveries and assistance to the Mossad had contributed greatly to Israel national security.