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dimanche 27 novembre 2022

« Devouchki » de Victor Remizov (2016)

- Trouve un acteur ou un chanteur, marie-toi, il t’achètera des culottes de luxe, des fourrures, te fera un môme et te quittera… Me dévisage pas comme ça. C’est très courant, tu ne regardes pas la télé ? (…) Ou alors tu te mets avec un papik aux grosses fesses, qui t’attrapera une fois par semaine, et tu seras à l’abri (…) Moi, si je pouvais, je ne penserais à rien, je ne travaillerais jamais, je vivrais, c’est tout. Si j’avais les moyens. Je suis peut-être une dépravée ? Je ne veux pas entendre parler de mariage (…) 
A Beloretchensk, elle traînait ainsi souvent au lit jusqu’à l’heure de déjeuner, feuilletait paresseusement des magazines, se voyait défiler sur un podium ou voyager à l’étranger.

Katia lui plaisait, il aurait voulu la contempler mais cela l’embarrassait. Il dissimulait sa gêne derrière une nonchalance outrée qui se manifestait dans ses mots comme dans ses gestes.


Ils marchèrent jusqu’à la place Taganskaïa. Alexeï continuait d’observer Katia à la dérobée. Elle avançait en silence, absorbée par ses pensées, levait parfois la tête et lui souriait.


Elle ne pouvait oublier les paroles de son père : « Une personne intelligente ne se trouve jamais dans ce genre de situation. » Ces mots si justes et désormais si déconcertants lui arrachèrent des larmes.


Une jeune vendeuse au visage rond riait dans sa cabine. En voyant Katia, elle prit un air distant.

- Vous désirez ? dit-elle en faisant l’effort minimum pour qu’on l’entende sans avoir à se fatiguer.

- Euh…

- Katia réfléchissait à ce qu’elle pourrait acheter à manger. Des ailes, des cuisses de poulet, du saucisson… Tout lui rappelait la fête de la veille. Elle se détourna avec effroi.


Les souvenirs de leur ancienne vie heureuse venaient la tourmenter. Son père était un homme fort et radieux dans un monde radieux, un homme joyeux est intelligent, comme elle. Ensemble, ils surmontaient les trivialités du quotidien. Son père avait été touché, c'était son tour à présent, et ils restaient seuls dans leur malheur. Elle avait perdu son confident et lui sa fille aimante (…)

Katia, couchée, fixait le plafond. Elle ne pouvait pas penser du mal de sa cousine et n'essayait même pas. Elle ne pouvait penser du mal de personne, ou accuser qui que ce soit. Son père était comme cela. Il la serrait contre lui, lui caressait la tête et disait : « Les gens ne sont pas mauvais, ils s'égarent. On peut le comprendre, nous nous sommes égarés nous aussi, c'est très difficile. »


Katia parlait d'une voix douce.

- Dans ces moments-là, il faut imaginer que Dieu te regarde, tu comprends ? Il te regarde. Si tu n'as pas honte devant Lui, tout est en ordre.


- Je l'aime, tu comprends ! C'est pas pour le sexe. J'ai compris tout de suite que ça n'avait pas d'importance.

Il se tut quelques instants et, comme s’il ne croyait pas à ses propres mots, regarda son père et demanda :

- C’est vrai, n'est-ce pas, ça n'a pas d'importance ?

Le père d'Alexeï garda le silence, absorbé par ses pensées.

 - C’est vrai, finit-il par dire. C'est triste, mais ça n’a pas d’importance.


- Entre Fiodor et moi, ma mère aurait dû avoir un enfant. Elle dit que c'est le poids le plus lourd qu'elle porte sur sa conscience. « Quand je vous regarde, toi et Fiodor, je vois que j'en ai tué un autre ! Comment porter ça, Katia ? »

Nastia joua avec le petit tas de verres multicolores qui cliquetait. Elle leva les yeux sur Katia.

- Et la mienne, tu sais combien elle en a tué ?

Nastia ricana sans en dire plus.


- Ne te presse pas, ma fille, nous avons le temps. Écoute ce que tu dis et ne te soucie pas de moi. Ce n'est pas au pope que l'on rend compte en confession (…) Prends ton temps, réfléchi et parle. Je suis un pécheur, moi aussi, je suis à tes côtés (…) 

Elles se sentait indigne du vieillard pénitent et, pétrie de honte, avait envie de se tenir à ses côtés. Elle fut envahie par une bouffée de chaleur. Soudain, comme si ses jambes l’abandonnaient, oubliant tout, elle s'effondra, se signa et se mit à pleurer. Elle murmura avec ardeur : « Seigneur, Jésus-Christ, fils de Dieu, aie pitié de moi, pécheresse. »


- C’est bizarre, ils sont tous heureux pour moi, même Gotcha… Il connaît pourtant Svetlana. Ce sont des gens bien, pourquoi se réjouissent-ils de mon déshonneur ?

Katia prononça cette dernière phrase en chuchotant.

- Écoute, dit Andreï en la prenant par le menton pour la contraindre à le regarder, tu souffres vraiment de cette situation ?

Katia ne répondit pas.

- De quel déshonneur parles-tu ? reprit Andreï. Ce sont des bêtises. Le monde moderne est infiniment plus souple que par le passé. La famille, de nos jours, c'est… je ne sais pas… la liberté individuelle est essentielle (…)

– Tu ne comprends pas… Enfin, si, tu comprends, bien sûr. Ce que je fais, c'est mal ! La modernité n'a rien à voir là-dedans.


- Andreï, je ne le ferai pas !

- Ce n'est pas dangereux, j'ai consulté un spécialiste, ce n'est pas un vrai avortement à ce stade, ça ne dure qu'une minute… Je serai là avec toi. Tu en auras beaucoup d'autres, Katia…

Andreï se tut quelques instants, cherchant, affûtant ses arguments.

- Ce n'est que le début de notre vie. De notre vie commune.

- Sa vie aussi a commencé… On ne peut pas tuer ses propres enfants (…) C'est vrai, je suis heureuse que cette enfant soit de toi. Ça me fait si plaisir, je suis si heureuse. Je n'ai besoin de rien. J'ai été voir le prêtre, il s'est réjoui, il m'a félicité (…)

Le visage émacié de Katia rayonnait d'un bonheur calme et fatigué. Andreï la regarda avec méfiance.

- Tu es retournée chez ce prêtre qui confesse à genoux…

- Oui, j'ai cru perdre la raison, je suis allée le voir hier, il m'a apaisée.

- C’est le Moyen Âge, mon Dieu ! dit Andreï, affligé.

dimanche 20 novembre 2022

« Les mouvements intérieurs de l’âme - Passions et vertus selon saint François d’Assise » de Suzanne Giuseppi Testut (2011)

À la lumière de la Révélation, le salut n'a rien de juridique, il signifie comme pour saint François : sauvetage, délivrance d'une maladie et, enfin, de la mort.


(…) il souligne la grandeur de l'homme qui, s’ouvrant à la pauvreté de l’être, s’exerce à la restitution de tout à Dieu. «

« Autant l'homme vaut devant Dieu, autant autant vaut-il, rien de plus. » (saint François d’Assise, « Admonition XIX »)


(…) l’orgueil et la volonté propres, ces deux passions redoutables qui datent des origines et nous font croire que nous sommes capables, comme Dieu, de discerner le bien du mal sans référence extérieure.


(…) les facultés spirituelles, véritables puissances de l'âme que Dieu a déposées en l'homme dès sa création. En effet, nous ne savons plus en faire usage selon Dieu.


L'homme (…), ce qui le rapproche le plus de Dieu, ce qui lui confère une ressemblance plus étroite avec lui, c'est son désir d'aimer et l'usage qu'il fait de sa capacité de vouloir librement le bien.


Si nous ne sommes pas conscients de ce qui a été déposé en nous par Dieu et à quelle fin, nous risquons de faire alors un mauvais usage des puissances de l'âme. Les orientons vers les réalités mondaines et, emportés par les passions, nous nous remplissons d’inutile et ressentons alors un vide insondable. Pour parvenir à la connaissance de lui-même et retourner vers son « origine », il s'agit pour l'homme de réinvestir tout ce potentiel en Dieu en laissant librement ses « facultés » s’ouvrir à la grâce. De cela dépend de sa vie. 


Nous sommes faits pour aimer « passionnément » mais, pour notre malheur, le « passionnément » s'est transformé en « passionnellement ».


« Bienheureux le serviteur qui thésaurise dans le ciel les biens que lui montre le Seigneur et qui ne désire pas les manifester aux hommes sous prétexte d'une rétribution ; car le Très-Haut lui-même manifestera ses œuvres à ceux auxquels il lui plaira. » (« Admonition XXVIII »)


« L'homme est une créature qui a reçu le commandement de devenir Dieu », affirme saint Basile le Grand.


En hébreu, « écouter » - shama - signifie aussi obéir, répondre (…) ce qui fait d'un peuple le peuple de Dieu, c'est en premier lieu son ouverture à Dieu et le temps consacré à l'écoute de ce que dit la voie de Dieu, ici et maintenant.


Le cœur (…) est le point d'origine, le lieu de la rencontre avec Dieu (…) Selon les Pères, il est l'espace, la force intérieure, en un mot, le centre de l'être humain, qui unifie et intègre toutes ses autres parties : corps, âme, esprit.


« Le bien agir doit suivre la science. L’Apôtre dit : La lettre tue, mais l’esprit vivifie. Ils en sont morts, de la lettre, ce qui ne désire que savoir les seuls mots pour être tenus comme plus sages parmi les autres et pouvoir acquérir de grandes richesses à donner à leurs parents et amis (…) Et ils sont vivifiés par l’esprit de la divine Ecriture, ceux qui (…) par la parole et par l'exemple, la rendent au très haut Seigneur Dieu à qui est tout bien. » (« Admonition VII »)


Nous pouvons dire avec saint François et les Pères que les vertus sont la santé de l'âme et les passions, ses maladies.


(…) quelle est la tâche essentielle de notre vie et de toute l'humanité ? C'est de rendre « transparente » l'Image cachée en nous - qui est bien plus originelle que le péché - en revenant sur notre éloignement, en empruntant le chemin inverse.


« L'arbre il fait bon à manger et séduisant à voir », le fruit est « désirable ». La convoitise sensuelle est préférée à l'approfondissement spirituel de la communion avec Dieu. Là est l’essentiel de la chute.


Trois puissances de l'âme sont alors détournées. 

Liée aux passions du corps, la puissance du désir ou puissance désirante a pour cible le monde des plaisirs et de l'amour. 

Liées aux passions de l’âme, la puissance de l'ardeur ou puissance irascible a pour cible le monde de l'énergie et de la colère. 

La puissance de la raison ou puissance raisonnable a pour cible la compréhension c'est-à-dire l’intellect. Pervertie par la veine gloire et l’orgueil, elles empêchent l'émergence de l'intelligence vraie, celle du cœur.


« En organisant la nature humaine, Dieu doua son esprit d’une puissance de plaisir qui le rendait capable de jouir ineffablement de Lui. » (Saint Maxime le Confesseur)


À tout désir est lié un plaisir. La jouissance infinie que l'homme retire de sa participation à la vie divine est ce que Jésus appelle « la joie parfaite »…


(…) l’homme qui reconnaît tout comme un don de Dieu et qui ne s'approprie rien est capable de rencontrer les autres hommes avec une authentique humilité, car il n'a d'exigence à l'égard de personne. Francois apparaît surtout comme un pacificateur, un homme de paix. Il utilise toujours, lors de ses rencontres ou prédications, deux formules bibliques de salutation : « Paix à cette maison » et « Que le seigneur te donne la paix ». En voyage, il saluait de cette façon les hommes et les femmes qui travaillaient dans le champ.


Quel est le détournement de la puissance irascible ? 

Il y a détournement de cette faculté lorsqu'elle se met au service des désirs sensibles qui animent l'homme et qu'elle se consacre à la conservation du plaisir qui s'y rattache. Elle se transforme alors en agressivité.


Jean Damascène dit : « La seule cause de notre perdition est toujours notre volonté propre. »

Et il ajoute, répondant à la question : pourquoi cette perdition ? « Parce que Dieu ne peut pas se révéler à celui qui n’est pas prêt à accomplir sa volonté. Celui qui ne veut pas mourir à ses volontés propres, reste dans les ténèbres. »


Pourquoi la force irascible est-elle donnée à l’homme ? Elle est donnée comme une force de détermination, de rassemblement de l’énergie à appliquer en un seul point, Dieu, afin de lutter pour lui et avec lui (…) Quand le cri « ça suffit ! » jaillit au plus profond de nous et qu’alors nous invoquons le Nom de Jésus, nous faisons usage de la « sainte colère » (…) sans colère, il n’y aurait aucune pureté en l’homme s’il ne s’irritait pas contre tout ce que l'ennemi sème en lui . »(Abba Isaïe)


Quelle doit être la réponse de l'homme en vue de son accomplissement ? Le renoncement. Nous devons renoncer à nos propres pulsions, à notre volonté propre (…) ainsi, lorsque nous abandonnons nos filets pour suivre le Christ, nous sommes déjà dans le Royaume puisque nous marchons avec lui, mais pas encore en plénitude, car il y a encore un chemin d'accomplissement à faire. Nous devons reconnaître nos limites et accepter notre temps de marche. Sur ce chemin, nous passons de l'amour de soi à l'amour de Dieu. Dès lors, la puissance irascible n'est pas passion mais vertu de courage (…)

C'est en luttant contre toutes les formes du mal que l'homme redonne à la puissance irascible de son âme l’usage qui lui correspond et qui conditionne sa santé. Si elle nous a été donnée par Dieu comme une arme, c'est pour combattre les passions, y compris celle de la colère qui en est son usage pervers, contre nature (…) La puissance irascible bien utilisée se change en force (…) Par elle, les biens spirituels reçus de Dieu ne sont point ravis par l'ennemi (…) Sans la puissance irascible, la raison demeure impuissante.


« Jamais nous ne devons désirer être au-dessus des autres, mais nous devons plutôt être des serviteurs et soumis à toute créature humaine à cause de Dieu. » (« Lettre aux fidèles II »)


La liberté consiste pour chacun à faire constamment le choix du bien, à toujours opter pour Dieu.


(…) le seul désir de Francois est de parvenir à une union plus profonde avec son Seigneur.


Quelle est la fin naturelle de la puissance de la raison ?

C'est la connaissance. Laisser l'Esprit Saint envahir notre vie et apprendre à cultiver nos vertus par la libre ouverture de notre vouloir à la grâce. L’intelligence alors illuminée devient réceptive à ce qui nous est signifié.


Allons-nous faire des puissances de l'homme un feu qui brûle, qui détruit et dévore ? Un feu qui ensevelit ou bien un feu qui rayonne, qui réchauffe et qui aime, un feu lumière qui élève ? Tout dépend de notre choix. La vraie question est la suivante : est-ce que je vais faire du Christ le Maître de ma vie ?


« Nous sommes époux quand, par l'Esprit saint, l'âme fidèle est unie à Jésus-Christ. Nous sommes frères que nous faisons la volonté de notre Père qui est dans le ciel ; mères quand nous le portons dans notre cœur et dans notre corps, par amour et par une conscience pure et sincère, quand nous l’enfantons par un saint ouvrage qui doit luire en exemple pour les autres. » (« Lettre aux fidèles II »)


Saint Grégoire Palamas explique que la thérapeutique « ne consiste pas à faire mourir la partie passionnée, mais à la transférer du mal vers le bien, à la diriger (…) vers les choses divines, après l'avoir complètement détournée du mal et tournée vers le bien ».


(…) la patience de frère Genièvre, qui parvint à un parfait état de patience, grâce a la parfaite vérité de sa propre bassesse, qu'il avait constamment sous les yeux, et à son désir suprême d'imiter le Christ par la voie de la croix… (« Miroir de perfection majeur »)


Si « je » ne suis pas la passion qui me gouverne, alors « l'autre » n'est pas non plus la passion qui l’anime. Ne tombons pas dans la volonté propre, ne faisons pas la guerre à notre frère mais aux passions qui l’habitent. 


« Ce serviteur de Dieu qui ne se met pas en colère ni ne se trouble pour personne mène une vie droite, sans rien en propre. Et bienheureux est-il, car il ne retient rien pour lui, rendant à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. » (« Admonition XI »)


La notion de désir, de plaisir ou de joie, pour Francois, s’entend désormais en Dieu, avec Dieu et pour Dieu. Selon ses biographes, du début de sa conversion jusqu'au jour de sa mort, il a toujours été très rude avec son corps. Et son principal souci est de toujours conserver l'esprit de joie car la joie spirituelle dispose et prépare l'esprit et le corps à faire volontiers le bien.


La gourmandise peut être définie comme le désir de manger en vue du plaisir (…) Cette passion recouvre aussi l'avidité et l'esprit de consommation (…)

La maladie est (…) d'être dans la dépendance du désir, d'être habitée par la pensée du besoin. Derrière cette dépendance, il y a en fait une fuite dans la compensation (…)

« Je veux et je vous demande que chacun, conformément à notre pauvreté, accorde à son corps ce qui lui est nécessaire. » (Compilation d’Assise) (…)

La tempérance nous aide à acquérir la maîtrise de soi. Il appartient à chacun de nous de déterminer le strict nécessaire en recherchant l'utile avant l'agréable (…) Ce n'est pas le plaisir qui est mauvais, mais c'est l'attachement au plaisir qui constitue la passion.


« Parmi les nombreuses passions qui assiègent le cœur humain, il n'y en a aucune qui ait contre nous une force comparable à celle de la frénésie de la volupté. » (Saint Grégoire de Nysse, in « Vie de Moïse »)

Nous ne pouvons pas vaincre cette cette passion en mettant notre confiance seulement dans notre propre force mais il nous faut l'aide du Seigneur (…)

Ainsi, le principe de chasteté est dans l'âme, principalement dans l'intégrité du cœur, dans sa rigueur et son honnêteté, dans sa façon de voir avec les yeux de la foi et de l'esprit (…) 

Quand l'esprit vagabonde, se décentre, il suscite la dispersion des pensées et s’oppose au silence du cœur et au recueillement (…)

« Et de même qu’eux, par le regard de leur chair, voyaient seulement sa chair, mais, contemplant avec les yeux de l'esprit, croyaient qu'il est Dieu, de même nous aussi, voyant du pain et du vin avec les yeux du corps, voyons et croyons fermement qu'ils sont son très sain corps et son sang vivant et vrai. » (« Admonition I »)


L’avarice a trois causes : le plaisir, la vaine gloire, le manque de foi. Le manque de foi est plus grave que les deux autres (…)

« Rien autant que la pauvreté volontaire ne rend l'esprit serein. » (saint Isaac le Syrien, in « Discours ascétiques ») (…)

Reconnaître que tous les biens sont à Dieu (…) 

« Et sachons fermement que rien ne nous appartient, sinon vices et péchés. » (« Règle non bullata ») (…) 

« Un petit feu suffit pour brûler beaucoup de bois ; et à l'aide d'une seule vertu, on échappe à toutes les passions que nous venons de dire. Cette vertu se nomme le détachement ; elle est engendrée par l'expérience et le goût de Dieu ». (Saint Jean Climaque)

« Il n’y a que l’aumône et la miséricorde qui nous rendent semblables à Dieu ». (Saint Jean Chrysostome, « Homélie sur 2 Timothée »)


François accorde donc une grande importance à l’âme et à son état, car l’âme est pour lui, au sens biblique, le lieu de la vie (…) 

Ensuite, dans sa lettre à un ministre, Francois répond à la requête de démission présentée par celui-ci. En fait, le désir de ce ministre de se retirer en ermitage pour échapper à « ces pêcheurs de frères » (…) : « A frère N., ministre (…) Ce qui t'empêche d'aimer le Seigneur Dieu, et quiconque serait pour toi un empêchement, des frères ou d'autres, même s'ils te rouaient de coups, tu dois tout tenir pour une grâce. Et tu dois vouloir ainsi et pas autre chose (…) Et aime ceux qui te font ces choses. Et ne veuille rien d'autre que ce que le Seigneur te donnera. Et aime-les en cela et ne veuille pas qu'ils soient meilleurs chrétiens (…) Et s'il ne demandait pas miséricorde, toi, demande-lui s'il veut la miséricorde. Et si après cela ils péchait mille fois devant tes yeux,  aime-le plus que moi pour le tirer au Seigneur ; et sois toujours miséricordieux pour de tels frères. »

« Les anges nous suggèrent le plaisir spirituel et la béatitude qui le suit, pour nous exhorter à tourner notre irascibilité contre les démons. » (Evagre, « Traité pratique »)

« Il ne convient pas qu'un serviteur de Dieu se montre aux hommes triste et tourmenté (ou dans la tribulation) (…) Ce qui t'a blessé, examine-le dans ta chambre et, en présence de ton Dieu, répand tes larmes et tes gémissements. » (« Vita Secunda », de Thomas Celano) (…)

« Le démon n'a pas entre les mains d'armes plus redoutable que le désespoir ; aussi lui faisons-nous moins plaisir en péchant qu’en désespérant. » (Jean Chrysostome, Homélie sur la pénitence)

(…)

Francois d’Assise louait le Seigneur à toutes les heures du jour et de la nuit. Commentant les « Laudes du Dieu Très Haut », Paul Sabatier écrit : « Francois se réfugie en Dieu comme l'enfant va se jeter dans le sein de sa mère… » (…)

Affligeons-nous d'être séparés ou éloignés de Dieu par nos passions, et privés des biens spirituels.

Entrons dans la douceur de la tristesse et des pleurs du repentir et là, comme le dit l'apôtre : « Votre tristesse se transformera en joie. » (Jean 16, 20) (…)

« (…) celui qui est vraiment pauvre en esprit se hait lui-même est aime ceux qui le frappent sur la joue. » (Admonition XIV : De la pauvreté d’esprit) (…)

Les Anciens affirment que les manifestations de cette passion atteignent leur intensité maximale aux alentours de midi : « Le démon de l'acédie qui est appelé aussi « démon de midi », attaque le moine vers la quatrième heure (10 h) et assiège son âme jusqu'à la huitième heure (14 h). »


Vivre l'instant présent peut aussi signifier : « vivre chaque jour comme s'il était le dernier », ne pas gaspiller le temps précieux qui nous est donné pour notre salut et ainsi, vivre chaque moment avec le maximum d'intensité spirituelle.


La colère exprime fréquemment une volonté de réaffirmation, de rehaussement, de réassurance du moi. Dans cette passion se manifestent toutes les formes de l'agressivité (…) Pour l'apôtre, aucun motif de colère n’est légitime lorsqu'il prend pour cible le prochain. Combattons la passion mais pas celui en qui elle demeure ; haïssons la maladie et non le malade (…) « Si l'Esprit Saint est nommé la paix de l’âme, et l’est en effet, et si la colère est appelée le trouble du cœur, et l’est aussi, rien ne s'oppose autant à la venue en nous du premier que la colère. » (saint Jean Climaque, L’Echelle sainte) (…)

« Au serviteur de Dieu, rien ne doit déplaire, excepté le péché. Et de quelque manière qu'une personne pécherait, si, à cause de cela, le serviteur de Dieu se troublait et se mettait en colère - non par charité - il thésaurise pour lui une faute. Ce serviteur de Dieu qui ne se met pas en colère ni ne se trouble pour personne mène une vie droite, sans rien en propre. Et bienheureux est-il, car il ne retient rien pour lui, rendons à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. » (Admonition XI : Que personne ne se laisse corrompre par le mal d’autrui) (…)

L'hostilité, l'animosité, l'inimitié, en un mot la méchanceté, l'impatience, la mauvaise humeur, l'indignation, les moqueries, la volonté ouverte de nuire ou de se réjouir du malheur de l'autre, etc. , tout cela relève de la colère (…) La colère est profondément liée à l’attrait des plaisirs, c'est pourquoi les Pères conseillent vivement de s’attaquer en premier lieu à la gourmandise, à la luxure et à l'avarice en pratiquant les vertus correspondantes (…)

« Ils sont donc nos amis, tout ceux qui nous infligent justement des tribulations et des angoisses, des hontes et des injures, des douleurs et des tourments, le martyr et la mort. Nous devons les aimer beaucoup, car, par ce qu'il nous inflige, nous avons la vie éternelle. » (Règle non bullata) (…)

« La douceur, c'est, quand nous sommes tourmentés par le prochain, de prier pour lui sans être sensibles à ses procédés et sincèrement (…) C'est la marque de la suprême douceur que de garder un cœur plein de sérénité et de charité à l’égard de celui qui nous a offensés, en sa présence même. » (saint Jean Climaque)

Nous devons d'abord renoncer à vouloir nous défendre. Le commencement de la victoire sur la colère est le silence des lèvres quand notre cœur est agité.


(…) Il faut être un saint et un bienheureux pour passer sans dommage à travers les louanges (…)

« L'esprit de la chair, en effet, veut et s'applique beaucoup à détenir des paroles, mais peu à l’action ; et il ne cherche pas la religion intérieure et la sainteté de l'esprit, mais il veut et désire une religion une sainteté apparaissant extérieurement aux hommes. Et ce sont ceux-là dont le Seigneur dit : « En vérité je vous le dis, ils ont reçu leur rétribution ». » (Règle non bullata) (…) 

Si, dans la vaine gloire, l'homme attend des louanges des autres, l'orgueilleux n'hésite pas à se les attribuer lui-même (…)

« Si cette seule passion, sans le concours d'aucune autre, a pu faire tomber du ciel, nous pouvons nous demander s'il ne serait pas possible de monter au ciel par l’humilité seule, sans l'aide d’aucune autre vertu. » (saint Jean Climaque) 

« (…) autant vaut l’homme devant Dieu, autant il vaut et pas plus. » (Admonition XIX : De l'humble serviteur de Dieu.) (…)

L'idéal franciscain privilégie le service (laver les pieds) et l’humble enfouissement de soi (sous les pieds des autres) (…)

« L'orgueil est une extrême pauvreté de l'âme qui s'imagine être riche, et prend ses ténèbres pour la lumière. Cette passion impure, non seulement entrave tout progrès, mais encore nous précipite des hauteurs (de la vertu). » (saint Jean Climaque) (…)

« Là où l'humilité n'est pas, Dieu n'est pas non plus. 

Aucune vertu ne peut véritablement s’acquérir sans elle.

Aucune vertu ne peut non plus subsister sans elle. » (Saint Macaire le Grand, Apophtegmes) (…)

Au lieu de dénoncer les défauts des autres, il doit apprendre à rechercher leurs qualités, à voir ce qu'il y a de beau en l’autre (…)

L'humilité est l’art de se tenir à sa juste place, elle s'oppose à la démesure (…)

Par l'humilité (…) nous savons que nous ne pouvons rien sans Dieu et que c'est de Dieu seul que nous attendons tout bien (…) L'humilité est indissociable de la prière, elle pousse l'homme à prier et la prière le rend humble. Rien n'est plus puissant que l'humilité.

dimanche 16 octobre 2022

« Arsène Lupin contre Herlock Sholmès » de Maurice Leblanc (1908)

Il s’approcha et lui dit à voix basse :
-Bresson s’est tué hier soir.
Elle répéta, sans avoir l’air de comprendre :
- Bresson s’est tué hier…
En vérité aucune contraction n’altéra son visage, rien qui révélât l’effort du mensonge (…)
Soudain, elle éclata de rire :
- Ça y est !Je comprends ! Je suis la complice du vol ! (…)
Malgré tout, Sholmès douta. On peut feindre, de manière à donner le change, la terreur, la joie, l’inquiétude, tous les sentiments, mais non point l’indifférence, non point le rire heureux et insouciant.

Sholmès ne pouvait s’empêcher de sourire et d’admirer. Quel débordement de vie. Quelle allégresse jeune et spontanée. Et comme il paraissait se divertir ! On eût dit que la sensation du péril lui causait une joie physique, et que l’existence n’avait pas d’autre but pour cet homme extraordinaire que la recherche de dangers qu’il s’amusait ensuite à conjurer.

dimanche 18 septembre 2022

« Maria Teresa Carloni - Mystique au service des chrétiens persécutés » de Didier Rance (2020)

Staline (…) ordonne personnellement la liquidation de toutes les Eglises gréco-catholiques d’Europe centrale  et orientale, réalisée dès le tournant des années 1950 (…) Depuis le début de l’année 1953, Staline ne va pas bien. Vers la fin février, la Voix demande à Maria Teresa de prier pour lui, afin qu’il montre quelque signe de repentir avant sa mort prochaine.

Le 14 juillet 1958, son fils spirituel africain, Peter Magalasi, fraîchement ordonné à Rome, vient à Urbania pour y célébrer une première messe. C’est une journée joyeuse dans cette année de ténèbres et de souffrances. D’autres séminaristes africains l’ont accompagné, la plupart Soudanais, pour voir qui est cette femme dont leur ami Peter leur a tant parlé. Après la première messe du père Peter, Maria Teresa leur déclare qu’elle les adopte tous spirituellement ! (…) prodiguant à ses « fils » spirituels de nombreux conseils et les aidant matériellement (…) 

[En 1960], elle en adopte d’autres, ainsi le jeune Gabriel Zubeir Wako (qui deviendra archevêque de Khartoum en 1983 et cardinal en 2003 ; il sera emprisonné un temps et échappera à une tentative d’assassinat). Elle apprend que la situation des chrétiens du Soudan du Sud, déjà difficile, s’est dégradée, et décide d’y aller (…) A Khartoum, elle obtient non sans mal un laissez-passer pour le sud et retrouve à Wau Mgr Dud, qui en est devenu l’évêque le 10 mai précédent. Malgré son peu de santé, elle arpente la brousse, et réussit même à se perdre dans une forêt tropicale. Elle visite le séminaire, les écoles et, ce qui l’émeut le plus, une léproserie, attentive à tous et apportant par ses paroles espérance et paix dans la situation dramatique des communautés chrétiennes prises dans la tourmente d’une guerre civile. Elle va aussi rendre visite en prison au père Paolini Dogale, condamné à douze années de prison pour avoir protesté contre la suppression du dimanche comme jour férié dans le Soudan du Sud, remplacé par le vendredi.


Début 1963, la liquidation de l’Eglise gréco-catholique ukrainienne semble totale en Union soviétique. Soudain, le 23 janvier, Mgr Josyf Slipyj, l’intrépide chef de cette Eglise et seul survivant de son épiscopat martyr est extrait du camp du goulag où il est enfermé depuis plus de dix-sept ans.


Elle reçoit aussi cet automne 1965 la visite des évêques du Soudan, ses fils spirituels, et Mgr Dud lui écrira : « Vere hic domus Dei est, et porta coelis » (« C’est vraiment une maison de Dieu et une porte du Ciel »)


Elle passe à cette époque des nuits en bilocation pour visiter les Eglises qui ne peuvent être présentes dans l’aula conciliaire : Corée du Nord, où sévissent la faim et la déportation, mais où s’organise une aide venue du sud ; pays baltes où manquent tous les déportés envoyés en Sibérie ; Ukraine et autres régions de l’URSS où le moral est bas mais où il y a des ordinations clandestines ; régions de Sibérie ; Chine où l’apostolat interdit est florissant ; Allemagne de l’Est où le catholicisime refleurit un peu, mais sans organisation…


(…) au Thabor sur l’humain appelé à partager le divin et sur le fait que c’est bien à tort que nous appelons « miracle » la Transfiguration - en fait c’est la cessation du miracle car Jésus y est vu dans sa réalité divine première et éternelle ; le vrai miracle, c’est son humanité…


(…) la situation en Albanie. Elle apprend que celle-ci est pire que jamais depuis le lancement d’une « révolution culturelle » et l’interdiction de toute foi religieuse : célébrer un baptême peut vous conduire à la mort.


Un soir, alors que les deux prêtres italiens boivent une bière Plzen, Maria Terea part soudain en bilocation à Plzen même, et y rencontre un évêque clandestin à l’entrée d’une mine où il est ouvrier.


Le 13 mai 1981, Ali Agca tire sur Jean-Paul II. Un des soirs qui suivent lorsqu’il lutte contre la mort à la clinique Gemelli, le blessé reçoit une visite de réconfort par bilocation de Maria Teresa, habillée en infirmière. Elle décrira à Don Cristoforo la chambre de l’hôpital et tous les détails de ce qu’elle y a vu.


Devant Don Cristoforo, elle insiste à la fois sur sa vie  totalement ratée et sur la bonté du Seigneur qui a su changer le mal en bien.

lundi 12 septembre 2022

"Pensées" de Blaise Pascal (1670)

La grandeur de l’homme est si visible qu’elle se tire même de sa misère, car ce qui est nature aux animaux nous l’appelons misère en l’homme ; par où nous reconnaissons que sa nature étant aujourd’hui pareille à celle des animaux, il est déchu d’une meilleure nature qui lui était propre autrefois.
Car qui se trouve malheureux de n’être pas roi sinon un roi dépossédé? 

Qui se trouve malheureux de n’avoir qu’une bouche et qui ne se trouverait malheureux de n’avoir qu’un œil ? On ne s’est peut-être jamais avisé de s’affliger de n’avoir pas trois yeux, mais on est inconsolable de n’en point avoir. 


Nous sommes si présomptueux que nous voudrions être connus de toute la terre et même des gens qui viendront quand nous ne serons plus. Et nous sommes si vains que l’estime de cinq ou six personnes qui nous environnent nous amuse et nous contente. 

dimanche 11 septembre 2022

« Dieu seul suffit » de Slawomir Biela (2006)

« Il est essentiel que la grâce gagne et que l’enfant grandisse en toi : l’enfant, celui qui vit en toi la vérité de ton incapacité, de ton néant, de ta misère, mais qui, en même temps, attend tout de la main miséricordieuse de Dieu. » (Père Tadeusz Dajczer)

Au lieu d’essayer de se dépouiller héroïquement de tous les appuis, il dira plutôt : « Seigneur, tu sais que je suis esclave de ce que je possède. « Je suis un être de chair, vendu au pouvoir du péché » (Rm, 7,14). Je ne sais rien donner, pas même la moindre chose, car j’en suis esclave. Mais Toi, tu peux tout. Je te demande donc de m’accorder la grâce nécessaire pour te suivre. »

Le plus important n‘est pas une action héroïque, mais notre décision face à l’appel de Dieu. A quoi veux-tu tendre : veux-tu perdre ou amasser ?

Si tu te décides à suivre Jésus, cela signifie que tu acceptes de perdre les choses qui constituent tes sécurités, pour gagner à leur place le Seigneur comme appui.


Littéralement tout peut devenir une idole, et par là-même, un appui. Cela peut-être la maison dont nous prenons soin comme d’une personne bien-aimée, l’appartement sans cesse embelli (…) En effet, si la maison, le travail sont pour nous des appuis qui nous rendent esclaves, nous traitons les hommes souvent aussi comme des instruments pour atteindre le but que nous nous sommes fixés.


L’idéal serait d’effectuer ce que nous avons à faire, avec l’engagement total que Jésus attend de nous, mais, en même temps, de le faire comme si tout devait nous être enlevé dès le lendemain.


(…) une seule chose compte : Dieu et toi ; toi qui le choisis et désires t’unir à Lui.


Si nous acceptions tous les dépouillements avec reconnaissance, y voyant un don de Dieu et nous abandonnant à Lui, alors les paroles du Seigneur : « Mon joug est aisé et mon fardeau est léger » (Mt,11, 30), commenceraient peu à peu à se réaliser dans notre vie.


Jésus a dit : « Qui perdra sa vie à cause de moi, celui-là la sauvera » (Luc 9,24). Telle est la perspective du chemin vers la sainteté : perdre pour le Christ tous nos appuis, tout ce qui a pour nous une valeur quelconque.


Le processus de la perte des illusions dans le mariage engendre de la souffrance. Mais sur le chemin vers la sainteté, c’est un don précieux. Moins les époux peuvent trouver d’appui l’un sur l’autre, plus ils ont de chance de commencer à avoir besoin du Christ pour trouver en lui leur unique appui (…)

Celui qui cherche le véritable amour essaie de voir son conjoint à la lumière de la foi et de le regarder comme Dieu le regarde (…) Rappelons alors que l’important est avant tout d’essayer et non de réussir. D’ailleurs, est-ce que nous nous tournons avec humilité vers Dieu pour qu’IL nous accorde la grâce de regarder notre conjoint de la même manière que Lui ? (…)

Toutes ces situations douteuses où Dieu nous ôte l’illusion de pouvoir trouver appui sur notre mari ou sur notre femme au lieu de le chercher sur Lui-même, deviendront alors moins pénibles.


Plus les parents se sont appuyés sur leur enfant, plus grave est alors sa révolte (…) Nous désirerions avant tout qu’ils se sachent aimés de Dieu en permanence et gratuitement, c’est-à-dire que cela dépende de leurs succès ou de leurs échecs. Or (…) nous ne montrons pas d’amour à l’enfant qui a échoué, cet amour dont il a besoin et après lequel il languit. En effet chaque personne désire être aimée gratuitement sans qu’entrent en ligne de compte ses chutes ni le mal qui habite en elle (…) Il apprendra ainsi à se relever rapidement de ses chutes et, en se mettant à l’écoute du Créateur, à dialoguer avec Lui. Alors il recherchera sa volonté et lui obéira.


Lorsque nous aidons quelqu’un ou lui rendons service, nous comptons d’habitude sur le fait qu’il nous revaudra notre sollicitude, voire même notre sacrifice. Nous attendons cela de notre conjoint, nos enfants, notre famille, nos amis ou collaborateurs. Nous oublions qu’en vérité, c’est Dieu qui aide les autres à travers nous et non nous-mêmes.


Lorsque sainte Thérèse est entrée au Carmel pour se donner entièrement à Jésus, elle a délaissé son père, lui qu'elle aimait appeler son Roi, lui qui l’aimait et la comprenait. Qui non seulement prenait soin d'elle mais était aussi son confident. D'un point de vue humain, elle l'a quitté. Cela s'est passé au moment où il devenait de plus en plus infirme et dépendant de son entourage. D'ailleurs, peu après, il fut atteint d'une maladie qui diminuait de beaucoup son autonomie, l'humiliait et exigeait une sollicitude particulière.

L'attitude de Thérèse face à la maladie de son père montre comment cette fille remplie de tendresse était détachée des liens humains envers l'homme dont elle était le plus proche, détachée de tout appui illusoire sur lui. Elle l'aimait de manière surnaturelle : avec les yeux de la foi, elle voyait en lui un futur saint.


Imagine qu’une personne beaucoup plus forte que toi et très orgueilleuse te provoque en duel. Si tu sais ne pas pouvoir l'affronter dans la lutte, il vaut mieux ne pas relever le défi. Au Moyen Âge, ce comportement était pour un chevalier la pire des offenses. De même, satan sera particulièrement humilié et vaincu par un dédain de ce genre, par le fait d'ignorer la tentation.


Il faut malgré tout implorer Dieu, (…) comme Pierre se noyant, comme les Apôtres pris dans la tempête sur le lac : « Seigneur, sauve moi ! Jésus, prends pitié de moi ! » Il faut prier pour qu'il nous préserve lui-même de fouler aux pieds l'amour de Dieu : « Tu vois que non seulement je te trahis mais que je contamine aussi les autres par ma tristesse et ma façon trop humaine de penser. Seigneur sauve moi ! »


Cependant, le sentiment grandissant de désarroi qui se déclenche généralement lorsque Dieu enlève les appuis, doit conduire à s'appuyer uniquement sur Lui. (…) La faiblesse (…) est donc, au fond, une bénédiction et un grand bienfait pour nous (…) Nous sommes en quelque sorte forcés d'implorer la miséricorde de Dieu, donc de chercher un appui sur Lui.


Saint Jean de la Croix avertit que l'âme qui s'attache à une créature, ne pourra en aucune manière unir avec l’être infini de Dieu. En aucune manière… (…) Cela concerne aussi le mariage : voilà pourquoi vient un temps où le mari et la femme se sentent seuls et complètement incompris par le conjoint. (…) Si l’âme s’attache à une créature, alors le don devient plus important que le Donateur, il le voile et commence à jouer le rôle d'une idole (…) il faut essayer consciemment de ne pas s'attacher aux autres, éviter de susciter des attachement en nous et chez les autres.


Généralement, lorsque nous allons nous confesser, nous devons lutter contre une forme masquée de pharisaïsme qui se cache quelque part très profondément en nous. Nous ne croyons pas réellement à la présence du Christ dans le prêtre qui nous confesse et, le traitant de manière humaine, nous essayons en quelque sorte de cacher l'immensité du mal qui est en nous. Nous n'avons pas confiance dans le fait que l'aveu complet de notre mal nous obtiendra le miracle de la transformation. Nous nous comportons comme un criminel qui, se tenant devant le tribunal, manipule la vérité de manière à diminuer l'étendue de sa faute.


La tentation de compter sur les marques d'affection, la compréhension et le dévouement humain de la personne qui nous est proche, reviendra sans cesse. Cependant cette personne peut demeurer dans l'obscurité spirituelle. Alors la barrière dressée par l'impossibilité de communiquer, que Dieu permet dans de telles situations, est parfois difficile à franchir. Il nous sera parfois dur d'accepter ces épreuves ; et nous entretiendrons toujours l'espoir illusoire de trouver de la compréhension humaine et de vivre une intimité dans l'amitié. Cela peut constituer une sorte de souffrance et de douloureux désenchantement. (…) Seul Dieu est infaillible et fidèle (…) C’est comme s’Il voulait nous dire : « C’est moi qui suis ton appui et non cette personne. »


Enfin de compte, le plus important est de tomber amoureux de Dieu et uniquement de Lui, afin qu’en nous unissant à Lui, qui seul nous aime vraiment, nous puissions un jour nous immerger pour toujours dans le feu transformant de son amour.


Le pauvre de cœur est l'homme qui ne possède aucun appui en dehors de Dieu (…) Il s'agit de se soumettre à chaque moment à l'action de Dieu et de reconnaître humblement que c'est Dieu Lui-même qui opère chaque bien en nous et par nous (…) C'est seulement lorsque nous perdons toute illusion de pouvoir être par nous-mêmes bons chrétiens, bons parents ou bons époux, que naîtra en nous une supplication confiante envers Dieu afin qu'Il nous guide Lui-même. Il ne faut donc pas s'étonner qu'à mesure où se fait le travail intérieur, nous voyions de plus en plus de mal en nous et que nous découvrions de plus en plus notre dépendance vis-à-vis de Dieu. Cette situation nous incite à implorer sa miséricorde, grâce à laquelle peut naître le véritable bien : non plus le nôtre, mais celui du Christ qui agit en nous et par nous. Le chemin qui mène à ce bien passe par la connaissance de notre propre mal et celle de la miséricorde infinie de Dieu, qui ne cesse de se répandre sur nous.


Le sentiment de sécurité construit sur des pratiques religieuses est une illusion, car aucune pratique ne constitue la garantie que nous sommes sur le juste chemin spirituel. Elle ne donne donc aucun appui réel. Seul Dieu, Donateur de tous les dons, peut offrir cet appui.


Peut-être qu'au fond, tu ne veux pas t'appuyer sur Lui : ton péché consiste à vouloir être comme Dieu, maître de toi-même (…) L'homme qui se découvre esclave, devrait aussitôt courir vers le Rédempteur pour bénéficier de la grâce de la libération qu’Il nous a gagnée sur la croix, et déposer  à ses pieds toutes ses illusions et ses tentations.


Nous cependant, nous nous parons d’attributs divins, comme la constance et la stabilité, et donc que nous recevons de Lui. Et c'est sur eux, non sur Dieu seul, que nous construisons notre sentiment de sécurité ; sur eux que nous nous appuyons. S’appuyer sur des dons dissociés de leur Divin Donateur engendre l'orgueil que produit l'illusion de l'autosuffisance.


Mais la seule vraie grandeur est celle que l'on construit sur Dieu Lui-même.


La personne authentiquement humble n'est pas consciente de son humilité.


On ne peut espérer qu'en Dieu. Si, avec humilité et persévérance, tu te présentes devant Lui en reconnaissant tes différentes formes d'hypocrisie, en essayant de penser du bien des autres et de ne voir en toi aucun bien, le miracle pourra enfin se produire. Au moment de ta mort, Jésus se penchera sur ta misère, et alors, l'arbre sec de ton âme reverdira. En un instant, tu y verras de beaux fruits, nés non plus de ton action mais de la miséricorde de Dieu.


Aujourd'hui, dans nos rencontres avec Lui, nous pouvons seulement nous comporter comme pendant une visite chez le médecin : décrire ce qui nous fait mal, parler de la maladie qui nous ronge. En effet, on ne peut pas donner sa maladie au médecin. On peut seulement décrire ses symptômes et lui demander comment se soigner.


Les paroles de Sainte Thérèse de L’Enfant-Jésus peuvent nous indiquer comment nous devons prier : « Reconnaître son néant, attendre tout du Bon Dieu ».


Nous pouvons seulement saisir la main du Créateur, c’est-à-dire sa toute-puissance et son amour infini, pour que s’accomplisse cet admirable mariage dont il nous déploie la perspective : l’union du « rien » humain avec le Tout de Dieu, qui désire se donner entièrement à l’homme, le transformer et le remplir de son propre bonheur divin.


(…) en cherchant la volonté de Dieu liée à chaque chose, nous pouvons à chaque moment de notre vie trouver un appui authentique et sûr.


La beauté nous monde qui nous environne, la bonté que les autres nous témoignent, de même que nos valeurs et capacités propres ne sont rien d’autre qu’une forme de sa présence dans notre vie.


Dans la vie intérieure, Dieu devient progressivement un appui pour nous à mesure que les autres nous déçoivent et que nous éprouvons notre propre faiblesse. Les situations de dépouillement nous poussent de plus en plus à rendre à Dieu le gouvernail de notre vie, en diminuant devant Lui et en croyant que c’est toujours de Lui que tout dépend. 

C’est le chemin qui mène à la paix intérieure, à l’harmonie et à la liberté.


Comptant uniquement sur le Rédempteur, le pauvre de cœur désire ne s’appuyer sur rien ni personne en dehors de Dieu. Il implore chaque jour son Seigneur de lui accorder Sa miséricorde, car cette supplication est son seul moyen de vivre face à la vision de plus en plus claire qu’il a de sa noirceur spirituelle.


(…) si nous étions certains que Lui seul, et personne d’autre, décide de la face du monde et de la tournure de notre vie, nous ne compterions que sur Lui. C’est aussi à Lui que nous ferions appel à chaque instant dans la prière, en une supplication résolue (…) Nous oublions alors qu’il n’y a que deux possibilités : soit Dieu veut ces difficultés, pour des raison que nous ne sommes pas obligés de comprendre, soit, du moins, Il les permet.


Toute exigence est une négation de l’attitude du mendiant (…) Le mendiant reçoit chaque aumône avec gratitude, il est libre de toute exigence (…) En vivant dans la vérité, le mendiant de Dieu sait bien n’avoir rien par lui-même. Mais il sait aussi qu’il n’est pas possible de vivre sans s’appuyer sur quelque chose. C’est pourquoi toute son existence est un cri, un ardent et continuel appel vers Dieu, l’unique appui réel.


Nous commencerons alors à comprendre que seule la vie en union avec Jésus a un sens, et que tout le reste partira en poussière.


Toute personne qui vient chercher de l’aide chez nous, même s’il ne s’en rend pas compte, sort sali de la cendre de notre misère. C’est douloureux d’en prendre conscience mais nous pouvons en tirer une signification profonde : il ne nous reste finalement rien d’autre à faire que de crier vers  Jésus, afin que ce soit lui, en nous et pour nous, qui rencontre les personnes.


La flamme de l’amour de Dieu est, en réalité, notre seule espérance. Si nos illusions ne sont pas brûlées en nous pendant notre vie, cela devra s'effectuer après notre mort, d'une manière beaucoup plus douloureuse. Car, au ciel, aucun appui illusoire n'existera plus : il n'y aura plus que notre participation à la vie intérieure de Dieu.