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dimanche 25 janvier 2026

« Nul n’est prophète en son pays » de Denis Moreau (2019)

Le passage dans lequel le chœur angélique entonne, dans la traduction ici donnée, « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et sur la terre paix pour ses bien-aimés » pose plusieurs problèmes d'établissement du texte grec et de traduction. Il a été compris en deux sens : « paix aux hommes qui sont l'objet de la bonne volonté, de la bienveillance de Dieu » ; ou bien « paix aux homme qui ont une bonne volonté » (…) dans le premier cas, la paix ne semble octroyée, de façon assez restrictive, qu'aux hommes, les « élus », qui reçoivent l'aide (la « grâce ») de Dieu ; dans le second, elle est plus largement offerte à toute personne bien intentionnée. Les traductions actuelles privilégient le premier sens, mais c'est le second qui est passé dans l'usage courant, avec l'expression « hommes de bonne volonté »…

L'iota, l'équivalent de notre « i », est la neuvième et la plus petite lettre de l'alphabet grec, la langue dans laquelle sont écrits les Evangiles (…) Si le sens de l'expression est clair, celui du texte évangélique d'où il est tiré l'est beaucoup moins, car il pose de façon aiguë la question complexe des rapports doctrinaux entre judaïsme et christianisme. D'une part, Jésus semble affirmer qu'il ne faut absolument rien changer (pas un iota) à la Loi et aux prophètes, c'est-à-dire, peut-on penser, aux six cent treize commandements que la Torah (les cinq premiers livres de la Bible, ce que les chrétiens appellent le Pentateuque) contient selon la tradition juive (…)

Au cours de leur tumultueuse histoire, les chrétiens eux-mêmes se chargèrent de montrer l'importance (théologique) que peut avoir l'ajout d'un simple iota et fortifièrent ainsi le sens de l'expression évangélique. À propos de la question alors disputée des relations du Père et du Fils en Dieu, le concile de Nicée (325 apr. J.-C.) proclama en effet (en grec) que le Fils était homoousios, soit, littéralement, de même substance (ousia) que le Père. D'autres théologiens préféraient, littéralement, «changer d'un iota » la formule conciliaire et soutenaient que le Fils était « de substance semblable », homoiousios au Père. On se disputa beaucoup autour de cet iota - la querelle nous parait aujourd'hui quelque peu byzantine mais, théologiquement parlant, la différence est considérable - et les partisans de l'homoousios finirent par l'emporter.


Le terme traduit, dans le texte cité plus haut, par «quotidien», epiousios, a une histoire intéressante. C'est un mot qui n'apparaît nulle part ailleurs dans la littérature grecque antique, et qui est sans doute une création lexicale des rédacteurs des Evangiles (…) saint Jérôme, le traducteur de la Bible en latin, plus attentifs à l'étymologie (en grec, le préfixe epi signifie « au-dessus », «sur», «en outre », et ousia veut dire «substance», «essence»), ont compris qu'il s'agissait de demander un pain qui serait une « supersubstance », c'est-à-dire, peut-on penser, le pain consacré que les chrétiens consomment lors de la messe et où ils reconnaissent le « corps du Christ».


(…) saint Augustin affirmait l'existence d'une terrible massa damnationis ou massa damnata, « masse damnée, condamnée », dont Dieu extrait quelques élus, comme un radeau de la Méduse flottant sur un océan de perdition ; Nicolas Malebranche avançait au XVIIè siècle cette terrifiante statistique - dont on se demande bien néanmoins d'où il la sort: « De mille personnes, il n'y en a pas une vingtaine qui soient effectivement sauvées. » Leur a souvent succédé aujourd'hui une vision plus optimiste stipulant que la possibilité du salut est généreusement offerte à tous les hommes et que rien n'empêche d'escompter que l'enfer est vide ou quasi vide : c'est la thèse soutenue par le théologien Hans Urs von Balthasar, à qui elle valut de nombreuses critiques.


(…) la onzième heure dont il est question correspondait à la fin d'après-midi dans le déroulement d'une journée (on comptait les heure partir de 6 heures du matin) ; de fait, il ne restait alors pas longtemps à travailler (…)

Recevant une femme éplorée parce qu'elle était persuadée que son mari, mécréant qui s'était suicidé en se jetant d'un pont, était damné, le curé d'Ars, un prêtre français du XIXè siècle, lui répondit : « Entre le parapet du pont et l'eau, il a eu le temps de se repentir.»


À la fin des Cahiers de Malte Laurids Brigge, Rainer Maria Rilke explique: « On aura peine à me persuader que l'histoire de l'enfant prodigue ne soit pas la légende de celui qui ne voulait pas être aimé » et présente le plus jeune fils comme étouffé par l'amour envahissant de la cellule familiale, avant d'ajouter, énigmatique: « Nous ne savons pas s'il resta, nous savons seulement qu'il revint ».

L'ivraie désigne, en général, toutes les plantes qui empêchent la croissance des cultures (ronces, liserons, etc.) et, plus spécifiquement, une mauvaise herbe de la famille des graminées.

Elle pousse souvent dans les champs où on a semé des céréales, par exemple du blé. Durant sa croissance, il est malaisé de la différencier des jeunes tiges de blé (…)

Aller semer de l’ivraie dans le champ de son ennemi était une façon de s'en venger. En grec, la langue dans laquelle sont rédigés les Évangiles, ivraie se dit zizanion (zizania en latin).

De là l'expression « semer la zizanie» : c'est provoquer le trouble, la perturbation, susciter la discorde et les disputes.


Le talent (grec talanton, latin talentum) était dans l'Antiquité une mesure de poids d'un lingot d'or ou d'argent (variable selon les lieux : de 27 à 34 kilos) (…) 

L’histoire du mot « talent» est intéressante : il a évolué depuis cette acception initiale concrète et monétaire jusqu'au sens de « capacité, disposition, aptitude naturelles ou acquises à réaliser quelque chose de bien » que nous lui donnons aujourd'hui.

Cette évolution s'est précisément opérée chez les auteurs de langue latine (saint Jérôme au Ve siècle, puis les scolastiques médiévaux) commentant ce passage des Évangiles. En cherchant, comme souvent les auteurs chrétiens interprétant la Bible, quel était le sens spirituel, et non seulement littéral, de ce texte, ils ont identifié ces talents aux dons reçus de Dieu…


Le chapitre 21 de l'Évangile de Jean propose un autre récit de pêche miraculeuse, qui comporte quelques notables différences par rapport à celui de Luc. Jean le situe tout d'abord après la résurrection de Jésus alors qu'il s'agit chez Luc d'un des premiers miracles de la vie publique de ce dernier. Chez Jean ensuite, le filet surchargé de poissons ne se déchire pas : saint Augustin explique qu'il figure l'Église solidement fondée sur le Christ ressuscité, désormais résistante malgré les dissensions (les «schismes») qui la rongent, les coups qui la frappent et la foule disparate qui la compose (…) 

Enfin, Jean apporte une notation remarquable: dans leur filet, les disciples de Jésus aurajent ramené « cent cinquante-trois poissons ». Ce genre d'indications numériques précises étant rare dans les Évangiles, les inévitables amateurs de numérologie ou de spéculations de type kabbalistique s'en sont donné à cœur joie. Certains expliquent que les naturalistes de l'Antiquité avaient répertorié cent cinquante-trois espèces de poissons, et que ce chiffre évoque donc la totalité des hommes. D'autres font remarquer que 153 est le « nombre triangulaire » de 17, c'est-à-dire la somme de tous les chiffres de 1 à 17, lui-même somme de 10 et de 7, nombres considérés dans l'Antiquité comme symbolisant la perfection.


Hegel, qui avait, lui aussi, le sens de la formule, l'a exprimé en ces termes dans La Phénoménologie de l’esprit : « Il n'y a pas de héros pour son valet de chambre… »


(…) le mot [laïc] vient du grec laos, le peuple nomade, par opposition au demos, le peuple sédentarisé. Dans la version grecque de la Bible (la Septante), le mot est appliqué au peuple d'Israël, et il a ensuite été repris par les chrétiens pour désigner le peuple qui chemine à la suite du Christ Pasteur. En choisissant le mot « laïcité» pour désigner leur programme politique, les gens de la Ille République y ont paradoxalement fait entrer le christianisme : le « laïc » ne se comprend que dans la distinction avec le membre du clergé, le «clerc». Les mots par lesquels la sécularisation se pense et se désigne sont eux-mêmes des mots chrétiens sécularisés.


(…) les Évangiles (surtout dans celui de Luc, spécialement attentif aux questions de pauvreté et richesse, et qu'on a parfois appelé pour cette raison «l'Évangile social »)…


Dans le livre 1 de ses Confessions, Augustin dresse quant à lui un portrait terrible de l'immoralité spontanée des enfants, jaloux, capricieux, coléreux, égocentrés, tyranniques.


Au temps de Jésus, on considérait qu'on se rendait impur en touchant les tombeaux (les « sépulcres »). C'est pourquoi ils étaient blanchis pour être bien visibles, notamment la nuit.


En hébreu, shabbat signifie «cessation ».


On trouve ici, sous-jacente, l'idée de ce que les théologiens appellent souvent la « loi naturelle » : toute honnête personne, sans le secours de la révélation chrétienne, est capable de découvrir et de comprendre les principes fondamentaux de la morale (ne pas tuer, ne pas mentir, ne pas voler, préférer la douceur à l'agressivité, se montrer bon camarade et travailleur consciencieux, secourir les miséreux, etc.).


(…) le mot « géhenne » (…) était le nom d'une vallée située près de Jérusalem, où les anciens juifs réalisèrent, semble-t-il, des sacrifices humains (voir Deuxième livre des Rois 23, 10), puis où on entreposa les ordures pour les brûler. Dans la littérature juive, le mot en est venu à désigner un lieu de malédiction, et plus spécialement l'endroit où souffrent (brûlent) les réprouvés après leur mort, c'est-à-dire, dans le lexique chrétien, l’enfer.


L'idée que la vérité puisse rendre libre heurte nos conceptions de modernes, qui tenons tant à pouvoir faire ce que nous voulons et privilégions spontanément cette forme de liberté que les philosophes classiques désignaient comme liberté d'indifférence. La liberté ainsi conçue se manifeste comme pure capacité de choix (…) Rémi Brague la désigne comme la « liberté du taxi »: ce dernier est libre lorsqu'il est vide, ne va nulle part et peut être pris d'assaut à tout moment par le premier venu pour s'en aller n'importe où. Descartes parle quant à lui de « plus bas degré de la liberté», et on peut conjecturer que Jésus l'aurait suivi sur ce point. 

Mais il existe un deuxième type de liberté, la liberté éclairée. Dans ce deuxième cas de figure, nos choix sont guidés par ce que nous percevons clairement être vrai ou bon pour nous (…) une liberté qui se réalise d'autant mieux que nous sommes plus attirés par le vrai ou le bien, et que nous n’avons donc, en un sens, plus vraiment le choix.

(…) C'est là un des aspects théoriquement les plus révolutionnaires du message de Jésus : la vérité n'est pas une chose, un énoncé, la propriété d'une proposition, un état mental, etc. C'est une personne. De ce point de vue, vivre en chrétien, c'est moins croire que (telle ou telle proposition, ou telle interminable liste de dogmes, sont vraies) que croire en Jésus, c'est-à-dire placer sa confiance en lui comme dans celui qui libère.


On trouve aussi parfois vade retro, Satanas, ce qui est fautif du point de vue de la grammaire latine (satanas est le nominatif, satana est ici au cas du vocatif).


« Être pris la main dans le plat » (des variantes plus légères et non évangéliques disent : dans le pot de confiture, ou dans le pot de miel, ou dans le sac), c'est, comme ici Judas, être découvert en flagrant délit d'accomplissement d'un geste qui nous désigne comme coupable.


Diversi sed non adversi, les chrétiens sont « divers, mais pas adversaires », affirmait saint Augustin, Oui, décidément, puissent les catholiques cesser de se chamailler pour des questions de goût et se souvenir qu'il y a de nombreuses demeures dans la maison de leur Père !


Par une série de glissements, le mot judas en est venu à signifier «espion », et, à partir de là, une petite ouverture ou un dispositif optique placés dans une porte ou une cloison, el qui permettent de regarder sans être vu.


C'est ce qu'il signifie en se lavant les mains - un geste dont les juifs pieux ne pouvaient ignorer la signification symbolique, puisqu'il est mentionné dans l'Ancien Testament : « Je me lave les mains en signe d'innocence » (Psaume 26, et « Ceux qui se sont approchés de la victime d'un meurtre laveront les mains dans le torrent et déclareront "Ce ne sont pas nos mains qui ont versé ce sang"» (Deutéronome 21, 6-8).


Et c'est bien une telle idéologie que véhicule aujourd'hui le « développement personnel », dénomination qui traduit l'anglais self help, l'«aide apportée à soi par soi ». Du point de vue chrétien, cette autonomie fantasmatique relève d'une sorte de syndrome du mauvais larron. Il faut pour y échapper admettre qu'on ne se sauve pas soi-même (…) 

Si on la prend au sérieux, la réponse de Jésus au bon larron - «En vérité, je te le dis, aujourd'hui, tu seras avec moi dans le paradis» (c'est l'unique occurrence du mot « paradis » dans les Évangiles) - est stupéfiante et atteste le renversement des valeurs véhiculé par le message évangélique : le bon larron est la seule personne vis-à-vis de laquelle Jésus prend un pareil engagement, si bien que le seul être humain dont il soit assuré, d'un point de vue chrétien, qu'il se trouve au paradis était un fieffé gredin, voire un grand criminel (on ne crucifiait pas pour des bagatelles !) (…)


Dans tous les cas, contre ces marchands de bonheur proliférant ces temps-ci dans les librairies et qui nous promettent, en quelques exercices faciles et à peine une poignée de minutes, la paix de l'âme, la tranquillité benoîte, le mol indolent oreiller d'une ataraxie ou d'une équanimité placides, paternes, facilement acquises, le christianisme rappelle que nulle vie n'est totalement exempte de négativité, tristesse et noirceurs, ni n'est épargnée par les coups durs et les coups bas que nous administre ce qu'on appellera, en fonction de se convictions, le cours des choses, l'ordre du monde, le hasard, la nécessité, la fortune, voire la providence. En d'autres terme : on n'échappe pas à la croix.


« (…) elle se mit à baigner ses pieds de larmes » (…) De là l'expression « pleurer comme une Madeleine», qui signifie pleurer abondamment.


(…) « ne croire que ce qu'on voit » apparaît comme une expression assez mal formée, d'allure paradoxale : ce qu'on voit, on ne le croit pas, on le sait au contraire, on l'expérimente, alors que la foi porte plutôt, et justement, sur les choses qui ne se voient pas.


On ne sait pas bien d'où vient l'expression « garder le meilleur pour la fin ». Une hypothèse est qu'elle dérive de ce récit dit «des noces de Cana» (…)

Il est remarquable que le premier acte public de Jésus soit de remettre sur un droit et joyeux chemin un mariage qui menaçait de mal tourner. En son rythme ternaire (le premier vin / le moment où le vin manque / le second vin meilleur que le premier), ce récit peut se lire comme l'histoire d'une crise conjugale victorieusement surmontée (…) Le troisième temps, celui du meilleur vin, véhicule alors un message d'espérance à l'adresse des époux engagés dans une mauvaise passe (mais quel couple n'en connait pas ?) : ne baissez pas trop vite les bras, sous les cendres peuvent couver des braises d'où avec l'aide de Dieu (re)jaillira un brasier, un nouvel amour, plus fort, plus goûteux el plus beau qu'avant le passage à vide !


(…) Marc aurait été composé à Rome et pour des Romains après les persécutions de Néron, par un proche de l'Apôtre Pierre…


À partir du IIè siècle, les chrétiens reconnurent l'authenticité et l'inspiration de ces quatre Évangiles, dès lors désignés comme « canoniques», c'est-à-dire reçus selon la règle (kanon en grec) des Églises (…)

Il est possible que certains de ces textes aient été rédigés au moins partiellement en hébreu ou en araméen, mais on n'a pas le trace de ces premières versions. Comme les autres textes du Nouveau Testament, les quatre Évangiles nous sont parvenus en grec, qui était la langue à la fois savante et internationale (l’équivalent de l'anglais aujourd'hui) de l'Empire romain au Ier siècle. Ces textes ne sont pas contemporains de l'existence de Jésus, qu'ils racontent : rédigés entre les années 60-70 pour le premier d'entre eux (probablement Marc) et la toute fin du Ier siècle (Jean)…


Trois historiens romains des Ier et IIe siècles (Pline le Jeune (…) Tacite (…) Suétone (…)) mentionnent aussi son existence dans des passages consacrés aux premiers chrétiens. Chez les juifs,(…) l’historien Flavius Josèphe…


(…) les copies manuscrites conservées sont bien plus nombreuses et plus anciennes que pour la plupart des autres auteurs anciens : nous possédons des fragments des Evangiles datant du IIe siècle et deux copies complètes établies au IVe siècle (à titre de comparaison, les plus anciens manuscrits dont nous disposons pour les auteurs latins Virgile et Jules César datent des VIe et VIIe siècles).


Jésus (…) né (…) aux alentours de l'an 4 avant l'ère chrétienne…


Jésus ne s'est jamais lui-même désigné comme le Messie, préférant reprendre à l'Ancien Testament (Daniel 7,3), et toujours à la troisième personne du singulier, la dénomination assez mystérieuse de «Fils de l'homme» (…), peut-être par souci pédagogique de ne pas se présenter d'emblée comme messie, ou par volonté d'éviter la compréhension sociopolitique (libérateur des occupants romains) que la plupart de ses contemporains juifs avaient de ce mot, ou encore pour souligner la particularité de sa personne et de sa mission.

dimanche 11 janvier 2026

« Monsieur le curé fait sa crise » de Jean Mercier (2016)

Mais ce que Benjamin a de plus en plus de mal à pardonner à son boss, c’est qu'il est devenu, en dépit de sa sensibilité spirituelle évidente, un animal politique. Et non un saint. 
Et l'abbé se demande souvent si un homme de pouvoir peut aussi être un saint. Habité par cette perplexité, Benjamin entre dans le bureau de l’évêque.

Evelyne (…) est la disciple de Maryvonne Pastoubert, la célèbre sociologue de la section VII de l'Ecole des sciences humaines et sociales appliquées (…) Benjamin ne supporte pas le jargon pseudo scientifique d'Évelyne, ni sa prétention à savoir ce qui est «à la pointe du progrès» (…) En cas de conflit, Évelyne aime à lui sortir son joker : « Contrairement à vous, je mets l'Homme avant le dogme ! ».

À cinquante ans, Benjamin n'a guère envie que les enfants subissent les méthodes qu'il a lui-même connues dans les années 1970, dépourvues de contenu et de solidité. Coloriage et humanisme furent les mamelles auxquelles les sympathiques dames catéchistes nourrirent toute une génération, en réaction à l'approche janséniste qui sévissait durant leur propre enfance, c'est-à-dire avant et après la Deuxième Guerre mondiale. Ce fut un véritable désastre théologique et pédagogique.


Le contenu de son ministère est d'une médiocrité affligeante : il passe ses journées à régler des problèmes administratifs, à gérer des conflits ridicules.


Benjamin n'en revient pas d'avoir dit tout cela. Ces mots lui sont venus de plus loin que lui, comme souvent quand il confesse (…)

De l'autre côté du mur, elle perçoit nettement la présence magnétique de l'homme à qui elle a livré son intimité. Benjamin est resté à genoux, il prie silencieusement. Elle ressent physiquement la paix de ce prêtre, qui traverse le mur comme des rayons.


Disons que je renoue avec une tradition très ancienne de l'Eglise catholique. Jadis. au Moyen Age, des mystiques s'emmuraient littéralement, souvent dans des parois d'églises, et communiquaient avec l'extérieur par de petits orifices percés dans la muraille. Je pense à Julienne de Norwich, en Angleterre, ou Colette de Corbie, en France. Il s'agissait surtout de femmes, d’ailleurs. Les gens venaient leur parler, leur apporter à manger. Cette réclusion leur permettait, paradoxalement, d'entrer en contact avec des gens qui ne seraient peut-être pas allés voir le clergé. Cela leur donnait de rester vraiment centrés sur la prière. Ils priaient pour le monde. Personnellement, je crois que je ne prie pas assez et c'est parce que j'ai failli à mes rendez-vous de prière que j'ai craqué, jeudi dernier (…) le risque est de tomber dans une forme d'activisme où on oublie ce pourquoi le prêtre est là : pour témoigner du Christ et de sa présence au milieu des hommes. C'est une mission de l'ordre d'un sacrement.


Quelque part, il y a quelqu’un chez qui ce balancement entre la survalorisation et la dépréciation suscite une jouissance exceptionnelle... C'est le diable. Car ces deux pôles entre lesquels Benjamin oscille et se torture n'ont en fait qu'un seul et même nom : l'orgueil. Ce que savoure Satan, c'est que Benjamin a basculé dans une cécité qui a des allures de lucidité. L'abbé est devenu aveugle sur tous les dons uniques que Dieu a déposés en lui. En même temps, il est saisi d'une clairvoyance impitoyable sur ses insuffisances.


La plupart des hommes déballent leurs péchés d'un bloc, comme un débardeur balance sa lourde charge sur le quai après une pénible remontée des soutes du navire. Tout le contraire des femmes qui, comme des randonneuses, mettent du temps à en venir au but, cheminant par monts et par vaux. Lorsqu'elles se confessent, les choses viennent lentement, morceau par morceau.


Mais on oublie plus souvent de parler du pouvoir que l'on reçoit dans le baptême. Le baptisé sous-estime ou méconnaît l'autorité que lui donne le Christ pour guérir, proclamer le Royaume de Dieu, chasser les esprits mauvais, ressusciter les morts. (…)

Le problème des chrétiens, c'est qu'ils ne croient pas assez qu'ils ont en eux cette autorité du Père, qui leur vient du Fils, par l'Esprit Saint. Souvent, même, ils n'y croient pas du tout… Si c'était le cas, ils feraient plus de miracles qu'ils ne le pensent.

dimanche 28 décembre 2025

« La preuve des Anges » de Ptolemy Tompkins et Tyler Beddoes (2016)

La Bible décrit les anges de toutes sortes de manières, allant des trois étrangers qui rendirent visite à Abraham sous les chênes de Mambré un jour de grande chaleur, à celui qui réconforta Agar dans le désert, ou à celui que Jacob combattit toute une nuit, mais aussi aux êtres éblouissants assis à l'entrée de la tombe du Christ le matin de Pâques, et jusqu'aux créatures étranges munies de quatre ailes arrondies que virent les auteurs d'Ézéchiel et de la Révélation.

En tant qu'humain, vous êtes à la fois doté d'une conscience, comme le chien, mais également d'une conscience de soi. Cela signifie que non seulement vous connaissez des choses, mais aussi que vous savez connaître ces choses. Vous êtes une marche au-dessus de votre chien dans l'échelle de l'existence.


« Qui est le troisième qui marche toujours à vos côtés ? » Ce vers célèbre de T. S. Eliot dans The Waste Land - le poème le plus adulé du XXè siècle - est vaguement basé sur un événement réel qui se déroula quand l'explorateur Ernest Shackleton traversait l'île de l’Éléphant en Antarctique avec quelques-uns des survivants de son équipage après un essai catastrophique de conquête du pôle Sud. Pendant la longue périlleuse dernière partie du voyage de retour, il ne put se débarrasser du sentiment qu'il y avait un membre supplémentaire au groupe qui marchait sur la glace, quelqu'un qu'il pouvait ressentir intensément mais qui restait invisible quand il se retournait pour le chercher.


Au cœur de son périple solitaire au-dessus de l'Atlantique, Lindbergh sentit alors le sommeil le gagner (…) Lindbergh n'eut aucune peur à l'apparition de ces « formes vaporeuses et amicales » qui parlaient avec « des voix humaines ». En fait, il sentit qu'elles étaient venues l’aider (…) « Ce ne sont pas des intrus ni des étrangers. Cela ressemble davantage à une réunion de famille et d'amis après des années de séparation.»


En 1933, l'alpiniste Frank Sydney Smythe était sur les hauteurs de l'Everest quand il se sentit rejoint par un compagnon invisible « fort et amical ». «Je ne me sentais jamais seul en sa compagnie, écrit-il, et rien ne pouvait m'arriver. Il était toujours là pour me soutenir quand je m'engageais sur des plaques enneigées. Aussi, quand je faisais une pause et sortais un gâteau à la menthe de mon sac, il était si proche et sa présence si puissante que je faisais instinctivement deux parts et me retournais pour lui en offrir une


Charles Dickens disait qu'il se sentait parfois moins romancier que sténographe, puisqu'il se dépêchait d'écrire aussi vite que possible pour transcrire ce que ses personnages faisaient et disaient.


« J'ai un ami qui travaille à l'hôpital Payson où ils ont transporté Lily, me dit Tyler. Il connaît ce genre d'affaires. Il m'a dit qu'il n'y avait aucune chance qu'un bébé puisse survivre toute une nuit dans ces conditions, même avec tous les atouts qui jouaient en sa faveur. Oui, ses vêtements étaient secs. Oui, sa mère l'avait couverte chaudement et bien sanglée dans son siège. Mais pour qu'un organisme survive des heures en position inversée, sans compter l'impact de l'accident quand la voiture est tombée dans la rivière... il m'a dressé une liste de chaque détail l'un après l'autre. Ils aboutissaient tous à la même conclusion : impossible. Impossible que ce bébé ait pu être en vie quand nous l'avons trouvé. Ensuite, ajoute le fait qu'en ne sachant pas qu'elle était à bord de la voiture, nous l'avons immergée deux minutes dans une eau à 7°C. Bon, faisons une comparaison. Remplis ta baignoire et verse deux gros sacs de glaçons dans l'eau. Ensuite, plonge ta tête dedans pendant deux minutes. Vas-y et ça te donnera une idée de ce à quoi l'enfant a survécu, après les quatorze heures passées la tête en bas dans une voiture accidentée par une nuit à 12°C.»

dimanche 21 décembre 2025

« Voyage au centre de la Terre » de Jules Verne (1864)

Tout s'expliqua quand M. Fridriksson m'apprit que ce tranquille personnage n'était qu'un « chasseur d'eider », oiseau dont le duvet constitue la plus grande richesse de l'île. En effet, ce duvet s'appelle l'édredon, et il ne faut pas une grande dépense de mouvement pour le recueillir.

Aux premiers jours de l'été, la femelle de l'eider, sorte de joli canard, va bâtir son nid parmi les rochers des fjords dont la côte est toute frangée ; ce nid bâti, elle le tapisse avec de fines plumes qu'elle s'arrache du ventre. Aussitôt le chasseur, ou mieux le négociant, arrive, prend le nid, et la femelle de recommencer son travail ; cela dure ainsi tant qu'il lui reste quelque duvet. Quand elle s'est entièrement dépouillée, c'est au mâle de se déplumer à son tour. Seulement, comme la dépouille dure et grossière de ce dernier n'a aucune valeur commerciale, le chasseur ne prend pas la peine de lui voler le lit de sa couvée ; le nid s'achève donc ; la femelle pond ses œufs ; les petits éclosent, et, l'année suivante, la récolte de l'édredon recommence.


Il est vrai que l'intensité de la pesanteur diminuera à mesure que nous descendrons. Tu sais que c'est à la surface même de la terre que son action se fait le plus vivement sentir, et qu'au centre du globe les objets ne pèsent plus.


Cette surprenante conversation faite au travers de la masse terrestre, échangée à plus d'une lieue de distance, se termina sur ces paroles d'espoir. Je fis une prière de reconnaissance à Dieu, car il m'avait conduit parmi ces immensités sombres au seul point peut-être où la voix de mes compagnons pouvait me parvenir.


Le geyser, mot que les Islandais prononcent « geysir » et qui signifie « fureur », s'élève majestueusement à son extrémité.

dimanche 14 décembre 2025

« La joie de l’Évangile » du pape François (2014)

La joie de l'Évangile remplit le cœur et toute la vie de ceux qui rencontrent Jésus. Ceux qui se laissent sauver par lui sont libérés du péché, de la tristesse, du vide intérieur, de l'isolement. 

(…) la joie (…) demeure toujours au moins comme un rayon de lumière qui naît de la certitude personnelle d'être infiniment aimé, au-delà de tout.


Dans toute forme d'évangélisation, la primauté revient toujours à Dieu, qui a voulu nous appeler à collaborer avec lui et nous stimuler avec la force de son Esprit.


L'Église ne grandit pas par prosélytisme mais « par attraction ». (Benoît XVI)


Jean-Paul II (…) : « la cause missionnaire doit avoir la première place ».


(…) annoncer l'Évangile à tous, en tous lieux, en toutes occasions, sans hésitation, sans répulsion et sans peur (…)

L'Apocalypse parle d'une Bonne Nouvelle éternelle à annoncer à ceux qui demeurent sur la terre, « à toute nation, race, langue et peuple » (Ap 14, 6).


Mais l'objectif de ces processus participatifs ne sera pas principalement l'organisation ecclésiale, mais le rêve missionnaire d'arriver à tous…


L'Évangile invite avant tout à répondre au Dieu qui nous aime et qui nous sauve, le reconnaissant dans les autres et sortant de nous-mêmes pour chercher le bien de tous.


L'Église est appelée à être toujours la maison ouverte du Père. Un des signes concrets de cette ouverture est d'avoir partout des églises avec les portes ouvertes. De sorte que, si quelqu'un veut suivre une motion de l'Esprit et s'approcher pour chercher Dieu, il ne rencontre pas la froideur d'une porte close.


(…) avec l’exclusion est touchée, dans sa racine même, l’appartenance à la société dans laquelle on vit - on ne se situe plus alors dans les bas-fonds, ni dans la périphérie, ou sans pouvoir, mais on est en-dehors.  Les exclus ne sont pas des « exploités », mais des déchets, « des restes ».


(…) une culture, où chacun veut être porteur de sa propre vérité subjective, rend difficile aux citoyens d'avoir l'envie de participer à un projet commun qui aille au-delà des intérêts et des désirs personnels.

Dans la culture dominante, la première place est occupée par ce qui est extérieur, immédiat, visible, rapide, superficiel, provisoire. Le réel laisse la place à l'apparence. En de nombreux pays, la mondialisation a provoqué une détérioration accélérée des racines culturelles…


La nouvelle Jérusalem, la Cité sainte (Ap 21, 2-4) est le but vers lequel l'humanité tout entière est en marche. Il est intéressant que la révélation nous dise que la plénitude de l'humanité de l'histoire se réalise dans une ville.


Les formes propres à la religiosité populaire sont incarnées, parce qu'elles sont nées de l'incarnation de la foi chrétienne dans une culture populaire. Pour cela même, elles incluent une relation personnelle, non pas avec des énergies qui harmonisent mais avec Dieu, avec Jésus Christ, avec Marie, avec un saint (…) En d'autres secteurs de nos sociétés grandit l'engouement pour diverses formes de « spiritualité du bien-être » sans communauté, pour une « théologie de la prospérité » sans engagements fraternels, ou pour des expériences subjectives sans visage, qui se réduisent à une recherche intérieure immanentiste.


Il y a là la vraie guérison, du moment que notre façon d'être en relation avec les autres (…) est une fraternité mystique, contemplative, qui sait regarder la grandeur sacrée du prochain, découvrir Dieu en chaque être humain, qui sait supporter les désagréments du vivre ensemble en s'accrochant à l'amour de Dieu…


Attention à la tentation de l'envie ! Nous sommes sur la même barque et nous allons vers le même port ! Demandons la grâce de nous réjouir des fruits des autres, qui sont ceux de tous.


Prier pour la personne contre laquelle nous sommes irrités, c'est un beau pas vers l'amour, et c'est un acte d'évangélisation.


Jean-Paul II : « il ne peut y avoir de véritable évangélisation sans annonce explicite que Jésus est le Seigneur »…


Dieu, par pure grâce, nous attire pour nous unir à lui ! Il envoie son Esprit dans nos cœurs pour faire de nous ses fils, pour nous transformer et pour nous rendre capables de répondre par notre vie à son amour (…) 

Benoît XVI : « c’est seulement en implorant cette initiative divine, que nous pouvons devenir nous aussi - avec Lui et en Lui - des évangélisateurs ! »


Personne ne se sauve tout seul, c'est-à-dire ni comme individu isolé ni par ses propres forces (…) Ce peuple que Dieu s'est choisi et a convoqué est l’Eglise.


Dans la piété populaire, on peut comprendre comment la foi reçue s'est incarnée dans une culture et continue à se transmettre (…)

Les expressions de la piété populaire ont beaucoup à nous apprendre et, pour qui sait les lire, elles sont un lieu théologique auquel nous devons prêter attention, en particulier au moment où nous pensons à la nouvelle évangélisation.


Dans cette prédication, toujours respectueuse et aimable, le premier moment consiste en un dialogue personnel, où l'autre personne s'exprime et partage ses joies, ses espérances, ses préoccupations pour les personnes qui lui sont chères, et beaucoup de choses qu'elle porte dans son cœur. C'est seulement après cette conversation qu'il est possible de présenter la Parole, que ce soit par la lecture de quelque passage de l'Ecriture ou de manière narrative, mais toujours en rappelant l'annonce fondamentale : l'amour personnel de Dieu qui s'est fait homme, s'est livré pour nous, et qui, vivant, offre son salut et son amitié (…) Si cela semble prudent et si les conditions sont réunies, il est bon que cette rencontre fraternelle et missionnaire se conclue par une brève prière qui rejoigne les préoccupations que la personne a manifestées. Ainsi, elle percevra mieux qu'elle a été écoutée et comprise, que sa situation a été remise entre les mains de Dieu, et elle reconnaîtra que la Parole de Dieu parle réellement à sa propre existence.


La diversité doit toujours être réconciliée avec l'aide de l'Esprit Saint (…) quand c'est nous qui voulons construire l'unité avec nos plans humains, nous finissons par imposer l'uniformité, l'homologation.


Quiconque veut prêcher, doit d'abord être disposé à se laisser toucher par la Parole et à la faire devenir chair dans son existence concrète. De cette façon, la prédication consistera dans cette activité si intense et féconde qui est de « transmettre aux autres ce qu'on a contemplé » (Saint Thomas d’Aquin). Pour tout cela, avant de préparer concrètement ce que l'on dira dans la prédication, on doit accepter d'être blessé d'abord par cette Parole qui blessera les autres, parce que c'est une Parole vivante et efficace…


Il ne nous est pas demandé d'être immaculés, mais plutôt que nous soyons toujours en croissance, que nous vivions le désir profond de progresser sur la voie de l'Évangile et que nous ne baissions pas les bras.


Sur la bouche du catéchiste revient toujours la première annonce : « Jésus Christ t'aime, il a donné sa vie pour te sauver, et maintenant il est vivant à tes côtés chaque jour pour t'éclairer, pour te fortifier, pour te libérer. » (…) elle est l'annonce principale, celle que l'on doit toujours écouter de nouveau de différentes façons et que l'on doit toujours annoncer de nouveau…


Comme disait le bienheureux Pierre Fabre : « Le temps est le messager de Dieu


L'acceptation de la première annonce, qui invite à se laisser aimer de Dieu et à l'aimer avec l'amour que lui-même nous communique, provoque dans la vie de la personne et dans ses actions une réaction première et fondamentale : désirer, chercher et avoir à cœur le bien des autres.


On ne peut plus affirmer que la religion doit se limiter à la sphère privée et qu'elle existe seulement pour préparer les âmes pour le ciel. Nous savons que Dieu désire le bonheur de ses enfants, sur cette terre aussi (…)

Une foi authentique - qui n'est jamais confortable et individualiste - implique toujours un profond désir de changer le monde, de transmettre des valeurs, de laisser quelque chose de meilleur après notre passage sur la terre.


« Romps tes péchés par des œuvres de justice, et tes iniquités en faisant miséricorde aux pauvres, afin d'avoir longue sécurité » (Dn 4, 24).


Le Sauveur (…) a été présenté au temple avec deux colombes, l'offrande de ceux qui ne pouvaient pas se permettre de payer un agneau.


Notre engagement ne consiste pas exclusivement en des actions ou des programmes de promotion et d’assistance ; ce que l'Esprit suscite n'est pas un débordement d'activisme, mais avant tout une attention à l'autre qu'il « considère comme un avec lui » (Saint Thomas d’Aquin).


« Le missionnaire est convaincu qu'il existe déjà, tant chez les individus que chez les peuples, grâce à l'action de l'Esprit, une attente, même inconsciente, de connaître la vérité sur Dieu, sur l'homme, sur la voie qui mène à la libération du péché et de la mort. L'enthousiasme à annoncer le Christ vient de la conviction que l'on répond à cette attente ! » (Jean-Paul II)


Nous savons bien qu'avec lui la vie devient beaucoup plus pleine, et qu'avec lui il est plus facile de trouver un sens à tout. C'est pourquoi nous évangélisons.


Au-delà du fait que cela nous convienne ou non, nous intéresse ou non, nous soit utile ou non, au-delà des petites limites de nos désirs, de notre compréhension et de nos motivations, nous évangélisons pour la plus grande gloire du Père qui nous aime.


L'Esprit Saint agit comme il veut, quand il veut et où il veut ; nous nous dépensons sans prétendre, cependant, voir des résultats visibles. Nous savons seulement que notre don de soi est nécessaire. Apprenons a nous reposer dans la tendresse des bras du Père, au cœur de notre dévouement créatif et généreux. Avançons, engageons-nous à fond, mais laissons-le rendre féconds nos efforts comme bon lui semble.

Pour maintenir vive l'ardeur missionnaire, il faut une confiance ferme en l'Esprit Saint, car c'est lui qui « vient au secours de notre faiblesse » (Rm 8, 26). Mais cette confiance généreuse doit s'alimenter et c'est pourquoi nous devons sans cesse l’invoquer.


Il y a une forme de prière qui nous stimule particulièrement au don de nous-mêmes pour l'évangélisation et nous motive à chercher le bien des autres : c'est l'intercession. Regardons un instant l'être intérieur d'un grand évangélisateur comme saint Paul, pour comprendre comment était sa prière. Sa prière était remplie de personnes : « En tout temps dans toutes mes prières pour vous tous ... car je vous porte dans mon cœur » (Ph 1, 4.7).